Il ne pousse pas d'ailes de papillon sur le dos des chenilles...

A. Desjardins

De la transmission dans les arts traditionnels : la guitare flamenca…





Par Ludovic Quellien


Passionné depuis de nombreuses années par la guitare flamenca, j’ai constaté de nombreuses similitudes entre la transmission de cet art et celle des arts traditionnels qui nous sont enseignés par notre Sifu Hérald Loygue au sein de l’école Lishan…

L’histoire du flamenco est celle d’une tradition orale, qu’elle concerne la guitare, le chant ou la danse… Aujourd’hui encore, tous les grands noms de la guitare flamenca ont suivi un cursus des plus traditionnels… Le plus souvent, le tocaor (guitariste) n’écrit ni ne lit la musique. Par conséquent, l’apprenti se forme en regardant et en écoutant jouer ses aînés, s’imprégnant des rythmes et des techniques, par mimétisme… Comme le font les jeunes pratiquants d’arts martiaux en Asie…

L’apprentissage se déroule en 2 grandes étapes…

  • Tout comme dans le Tai Chi Chuan ou le Qi Gong, la première étape concerne la structure.

Structure corporelle tout d’abord. Si la posture du tocaor reste relativement libre, elle implique une tenue spécifique de l’instrument, notamment une inclinaison de la caisse de la guitare, qui est primordiale et sans laquelle les techniques propres au style (Rasgueos, picados, pulgar…) ne pourront être appliquées correctement…

Structure rythmique ensuite. Le « compas » qui est généralement découpé en 12 ou 4 temps avec des accents précis variant selon les styles… Il ne souffre aucune approximation et doit être totalement maîtrisé avant de prétendre à toute envolée mélodique. Le rôle premier de la guitare était en effet d’accompagner humblement le chant et la danse, d’où l’importance d’une rythmique parfaitement cadrée…

  • La seconde étape est l’apprentissage des « falsetas » (compositions qui viennent s’intercaler entre les parties rythmiques) léguées par les aînés et qui constituent une sorte de patrimoine commun à tous les guitaristes, et que l’on pourrait comparer aux formes que nous étudions en Qi Gong ou en Kuntao.

Notons au passage qu’avant de développer la virtuosité et la rapidité typique des guitaristes flamenco, l’apprenti travaille lentement, tel les joueurs de Tai Chi Chuan, et accélère le tempo uniquement quand la difficulté est maîtrisée ! C’est seulement au terme de ce long et rigoureux apprentissage que l’élève peut commencer à composer ses propres falsetas, et éventuellement penser à créer son propre style !

En ce qui concerne le cadre dans lequel s’effectue la transmission, l’apprentissage se fait généralement au sein d’une famille, ou en suivant un maître…

De même qu’il existe en Chine des styles du nord ou du sud, des transmissions familiales sont nés différents styles régionaux : l’école de Jerez, de Moron… et l’on dénombre plusieurs « dynasties » célèbres comme par exemple celle des Gastor, Carmona « Habichuelas », Morao… Qui ne sont pas sans rappeler les dynasties Yang, Cheng ou Wu du Tai Chi Chuan !

Paco de Lucia

Le célèbre Paco de Lucia est lui-même héritier d’une tradition familiale et indirectement de la lignée d’un maître… Né d’un père guitariste semi-professionnel, lui et ses quatre frères et sœurs baignent dans le monde du flamenco dès leur plus jeune âge… Les règles assez strictes de cet univers musical lui sont transmises par ses deux frères aînés, Ramon de Algeciras, lui-même guitariste, et Pepe de Lucia, chanteur. De son frère Ramon, qui est disciple du grand Nino Ricardo (reconnu comme l’un des pères fondateurs de la guitare flamenca du XXè siècle) Paco hérite de l’art de ce dernier et apprend pas à pas ses falsetas…

Débutant l’apprentissage très tôt, comme notre Sifu ou An Lin, dès l’âge 6 ans il s’entraîne 12 heures par jour sur ordre de son père. Constatant les facilités de son fils, il lui fera quitter l’école très jeune, afin qu’il se consacre entièrement à la musique… Fort d’une connaissance de la tradition sûre et éprouvée, le jeune homme révolutionna le monde de la guitare flamenca dans les années 60, notamment en modifiant la posture traditionnelle du tocaor, tout en en maintenant son essence (l’inclinaison de la caisse…).

Jouant bientôt partout dans le monde, il popularisa comme jamais auparavant le flamenco au-delà des frontières espagnoles… Un parcours qui peut facilement faire écho avec l’histoire des maître Yang Cheng Fu, ou Cheng Man-Ching…

Le style du Maestro De Lucia fit école, et les grands noms qui le suivirent se réclament presque tous de son héritage… Notons d’ailleurs qu’à chaque nouvelle génération, les jeunes tocaors, même parvenus au plus haut niveau, montrent un profond respect pour leurs aînés et bien souvent, la jeune génération salue et rend hommage à ses maîtres…

Ainsi Paco de Lucia dédia une solea à Nino Ricardo « Gloria al Nino Ricardo ». Quelques années plus tard, le jeune surdoué Vicente Amigo offrait une buleria au Maestro de Lucia « Gitano de Lucia. » Aujourd’hui, le jeune prodige Antonio Rey perpétue l’usage, saluant à son tour le « Maestro del Maestro » De Lucia et son idole Vicente Amigo…

Et ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres qui montrent à quel point l’esprit de cette tradition est toujours bel et bien vivant !

Pour qui souhaite s’initier à cet art, en Normandie, il est bien difficile de trouver un maître pour se former et le recours aux méthodes sur cd, dvd ou internet semble être la seule solution…

Cependant, pour ceux qui désirent suivre les voies du Tai Chi Chuan, du Qi Gong ou du Kuntao, ils peuvent se réjouir de compter, ici, à Caen, l’héritier de plusieurs lignées traditionnelles !

Ludovic

Menu

 

Infos
Contact
 
Actualités

Vidéos
 
Agenda

Liens

Lishan - © 2017 - Tous droits réservés
Photographies : Salomé Loygue

X