Il ne pousse pas d'ailes de papillon sur le dos des chenilles...

A. Desjardins

La maitrise du serpent





En cette époque de vulgarisation (ou plutôt de matérialisme spirituel de masse…) des enseignements spirituels les plus profonds, il n’est pas une journée sans que j’entende les grands conseils donnés, qu’il faut « accepter les choses telles qu’elles sont », « lâcher prise »,… et toutes leurs déclinaisons.

Tout le monde pense méditer en achetant un livre, une application… en trois semaines de stages, en changeant de veston…

On s’assoit comme un grenouille, 10 min par jour, le troisième œil et les chakras ouverts, l’air profond, et voilà qu’on atteint les sommets dignes des maîtres des temps passés…

Tout le monde harmonise les « énergies », est médium, passeur d’âme, grand thérapeute devant l’univers…

Déjà à son époque, le Bouddha, le grand médecin, mettait en garde contre l’utilisation inappropriée d’un enseignement qu’il considérait être comme un médicament pour guérir de la maladie de l’illusion, aveuglement de l’égo. En l’absence de clarté, consciemment ou non, il peut alors devenir un outil de pouvoir, de domination au service des plus bas instincts.

Dans le “sutra de la maîtrise du serpent”, il met en garde contre l’étude inintelligente, aveugle et la récupération d’enseignements spirituels à des fins égotiques.

Les remèdes proposés dans les enseignements spirituels quels qu’ils soient, peuvent être prétexte à toutes les aberrations… L’histoire en est farcie : Au nom de l’Amour, combien de gens sur le bûcher, de haine et de prison…

Ainsi, les plus grandes et subtiles notions se retrouvent dans le panier des ménagères, à côté du fatras quotidien, entre la poire et le fromage des dîners mondains.

On discutaille et puis on se lave les mains…

L’enseignement transmis par le bouddha et les maîtres spirituels est comme un médicament en vue de guérir de son aveuglement, de sa propre ignorance, source des trois poisons, avec l’avidité et la colère. Il n’est pas un argument à jeter à la tête des autres, un “49.3”, pour justifier n’importe quel comportement.

Le médicament devrait être prescrit par un thérapeute digne de ce nom. Quelqu’un qui a fait ses études auprès d’un maître de ce art, qui sait identifier les maladies et connait les remèdes nécessaires à leur résolution.

Tout médicament n’est pas bon à prescrire. Il peut aussi devenir un poison si on ne respecte pas sa destination. Son utilisation erronée enfonce la maladie encore plus loin…

En cette époque de contrefaçon de tout, y compris des médicaments, il nous faut regarder avec honnêteté notre agir et nos justifications, et pour ce faire il semble nécessaire d’avoir un regard extérieur d’un ou plusieurs anciens sur le chemin…


Discernement…

Extrait du sutra de la maîtrise du serpent.

“… Moines, vous devez étudier profondément et correctement le sens de mes enseignements avant de les mettre en pratique. Si vous n’avez pas encore saisi la signification de telle ou telle parole, interrogez-moi d’abord ou demandez conseil à l’un de vos aînés dont la connaissance du Dharma est plus avancée ou à un frère dont la pratique touche à l’excellence.

Pourquoi ? Beaucoup de personnes, sans la vision profonde, ont mal compris la lettre ou l’esprit d’un enseignement et ainsi, en font des contresens, que cet enseignement soit délivré sous forme de poésie ou de prose, de prédictions, d’abrégés versifiés, de production interdépendante, de métaphores, de propos spontanés, de citations, d’histoires relatives aux naissances précédentes, de phénomènes merveilleux, de commentaires détaillés ou d’éclaircissement au moyen de définitions. Ces personnes n’ont étudié que pour faire étalage de leur savoir ou pour vaincre dans des discussions, et non pour pratiquer ni pour atteindre la libération. Animés par de tels motifs, elles s’emprisonnent dans la forme sans pouvoir toucher le véritable esprit de l’enseignement. Elles connaissent nombre de difficultés, endurent des épreuves inutiles et s’épuisent enfin en pure perte.

Elles sont semblables à un homme qui tente d’attraper des serpents au fond de la jungle. Dès qu’il en voit un grand, il tend la main pour le saisir mais celui-ci se retourne et le mord au poignet, à la jambe ou à une quelconque partie de son corps. Capturer un serpent de la sorte ne présente aucun avantage et ne peut provoquer que des malheurs.

Une personne qui n’étudie pas les soutras intelligemment est comme cet homme qui attrape un serpent sans technique. Ne sachant pas comment étudier, elle peut comprendre le contraire de ce qui est enseigné.

Cependant, une personne intelligente et adroite sait comment s’y prendre pour saisir à la fois la lettre et l’esprit d’un soutra. Ainsi, elle n’en fera pas de contresens. Elle n’a pas besoin d’apprendre durement et ne s’épuisera pas car elle le fait dans le but d’atteindre la libération et non pour étaler son savoir ou argumenter avec autrui. Elle est semblable à un chasseur qui se sert d’un bâton fourchu pour capturer un serpent: dans la jungle, dès qu’il aperçoit un serpent, il lui bloque immédiatement la tête à l’aide du bâton et le saisit par le cou avec la main. Alors, même si le serpent brandit sa queue, s’enroule autour de son poignet, de sa jambe ou de toute autre partie de son corps, il ne pourra pas le mordre. Parce que la personne maîtrise la technique, elle n’a pas besoin de travailler dur et ne s’épuisera point. ..”

Menu

 

Infos
Contact
 
Actualités

Vidéos
 
Agenda

Liens

Lishan - © 2017 - Tous droits réservés
Photographies : Salomé Loygue

X