T’aï Chi : « S’affranchir des trois défauts…et des trois peurs ! »





La pratique du T’aïchi Chuan a deux ailes :

  • La pratique de l’Attention et du Relâchement développée par la méditation en mouvement.

  • La pratique de l’Ecoute et de la Compréhension du mouvement avec autrui.

Les deux pratiques se nourrissent l’une l’autre.

  • La première aile de l’oiseau concerne la pratique en solo.
    Dans cette pratique, est développé le relâchement de toute tension. Elle vise à la détente, au calme mental, à l’apprentissage de la bienveillance envers soi et à l’attention, à l’écoute des mouvements internes et la recherche de la stabilité au centre.
  • La seconde aile consiste dans le travail à deux. Là sont développés des principes spécifiques à l’écoute de l’autre, à la compréhension de son mouvement…
    On y travaille à la transformation, la neutralisation, l’absorption des forces adverses ou contraires.

Les principes qui sont développés dans l’un et l’autre des aspects, entretiennent d’étroits rapports et deviennent nuls s’ils ne sont pas mis en application dans nos vies les plus quotidiennes.

Mais avant de parler de principes à appliquer dans sa vie, encore faudrait-il ne pas se cantonner à “lire la notice du traitement”… Il nous faut bel et bien avaler le médicament prescrit, et cela dans la régularité… Jusqu’à guérison…

Or, ce qui manque souvent aux étudiants, c’est le travail…

Et la compréhension que cette pratique n’est pas celle d’une heure trente par semaine, ni même celle de 4 heures par jour : C’est notre vie tout simplement.

Venir en cours permet de prendre de l’in-formation. Mais rapidement, celui qui veut progresser sur cette Voie, doit mettre en place une pratique dans sa vie.

Notre vie est le Daogouan, l’observatoire du Dao, la véritable pratique.

Apparaissent alors ce que Me Cheng appelle les trois défauts… et un Chemin : S’affranchir des trois défauts.

Le manque de persévérance, l’avidité et l’impatience forment pour lui les trois obstacles majeurs qui se présentent sur le chemin.

Il y a trois grandes motivations qui amènent les élèves à l’art du T’aïchi :

Vouloir être en meilleure santé ou prendre soin de soi, vouloir apprendre à se défendre ou se sentir plus en sécurité, ou encore être attiré par l’aspect philosophique ou mystique de cet art.

Cela peut être un seul, deux ou les trois conjointement… et les motivations peuvent évoluer avec le temps.

Il reste bien évidemment des personnes qui viennent par effet de mode ou autre, mais ceux là ne restent pas longtemps…

Quelle que soit la motivation de départ, à un moment, des obstacles vont apparaître : Et ces obstacles ont souvent la saveur de l’impatience, du manque de persévérance et de l’avidité…

De nombreuses personnes pensent que pratiquer le T’aïchi, c’est faire la forme des 37 ou 108 pas, faire le tuishou ou l’épée… mais c’est une grave erreur !

La pratique commence dès que l’esprit entre en contact avec une situation et applique les principes du Taïchi. C’est là et seulement là que commence la pratique !

Le T’aichi, ce n’est pas courir après le relâchement, courir après la douceur, mais aborder chaque situation avec relâchement et douceur…

Et c’est bien dans la difficulté que cela se gagne, pas dans la facilité.

C’est dans la difficulté de chaque situation que naît le Taïchi, dans le chaos de nos vies…

Transformer en douceur tout point de dureté, pas uniquement dans le corps mais dans nos cœurs.

Ce n’est pas dans la recherche d’un idéal extérieur mais dans notre capacité la plus simple de transformer chaque situation, et notre attitude dans notre quotidien.

Etre ouvert, enraciné et attentif, est notre Chemin et plus particulièrement face aux critiques, qui sont en soi nos meilleurs maîtres…

C’est là, dans cette situation même, dans cet instant même, là où je suis, que se décide si notre vie reste dans la confusion ou s’éveille à la clarté, la bienveillance et la paix.

Observer ce qui apparaît et ce qui disparaît dans notre esprit, comme les nuages dans le ciel, en toute situation, voilà le véritable Zhong Ting que nous pratiquons et qui est tout le Taïchi.

C’est pourquoi il nous faut nous affranchir des trois défauts. Plus encore, le chemin c’est, instant après instant, s’installer dans la patience, la tranquillité, la paix… sans attente, sans rajout, sans fuite…

Me Cheng poursuit dans son même ouvrage sur le fait de « s’affranchir des trois peurs » :

La peur de perdre, la peur de souffrir et la peur de mourir,…

Toutes ont le même point commun : soi , ou plutôt le regard que l’on pose sur soi !

  • L’avidité ou l’incapacité de se contenter de ce que l’on a, le besoin de toujours avoir plus,
  • L’impatience ou l’incapacité à patienter, à supporter, à endurer… à être tranquille…
  • Le manque de persévérance, ou l’incapacité à persévérer, à vouloir sortir de ses erreurs et de sa confusion…

En d’autres termes, le désir de devenir quelqu’un, le désir de posséder  quelque chose, le désir de ne pas souffrir… ont un dénominateur commun : l’illusion d’un moi séparé.

Une vue étroite et limitée.

Aller à la Racine, c’est mourir quelque part, mourir à sa limite, pour naître et accéder à ce fond sans limite que chaque tradition a dénommé en fonction de sa culture.

Nature de Bouddha, Vie éternelle, Tao,…

représentent ce fond commun.

Cet illimité, ce wuji qui n’est que le fond de soi, quel que soit le nom qu’on lui donne… Et l’éveil, l’illumination, sont des termes qui nous parlent d’une expérience de dialogue, de conversion avec ce fond.

Comment s’affranchir de ce manque de relation avec ce fond ?

En se relâchant, en relâchant ce qui fait obstruction, en desserrant l’étreinte du moi séparateur, de ce qui veut saisir, posséder, devenir… et imagine que l’on puisse ne pas souffrir, vieillir, ou mourir…

En ralentissant, nous pouvons mieux voir, comme en voiture…

Mieux voir ce que nous fuyons, mieux voir ce que nous cachons maladroitement, mieux voir ce que nous étouffons…

La vitesse du monde actuel fait tout pour nous empêcher de voir, de regarder profondément.

Pour voir clairement, ralentir… C’est ce que nous faisons pour reprendre contact avec ce souffle.

Attention au souffle, ouverture à ce qui est, relâchement… sont ce qui nous permet de reprendre contact avec ce que nous sommes. C’est une pratique a développer dans notre plus quotidien.

 

L’erreur la plus répandue est de rechercher le Taiji ou la pratique comme on cherche un cheval, alors que cette pratique c’est notre façon de nous comporter au quotidien : nous sommes déjà assis sur le cheval…

Voilà où commence la pratique : en s’observant soi même, en se transformant soi même, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est en s’oubliant soi même que cela est possible…

Plus que s’affranchir des trois défauts, peut être pouvons-nous regarder cela sous un autre angle et en faire une pratique vivante, par le développement de trois qualités.

Pratiquer la patience, pratiquer l’endurance, pratiquer le contentement ou la frugalité…

Devenir patient, content, satisfait… c’est réaliser profondément que la solution ne viendra jamais d’une horizontalité quelle qu’elle soit, mais d’ une verticalité sans cesse renouvelée.

 

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