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LE RELACHEMENT

LE RELACHEMENT

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“Lorsque dans le silence tout mot est oublié, Cela, apparait  devant vous avec netteté…” Shi tou (VIII ème S.)

Notre art du Taïchi est fondé sur le relâchement et la quête de la douceur…

Mais dès que des circonstances adverses apparaissent, nous ne sommes plus que tensions et crispations,…

Alors ? de quel relâchement exactement parlons nous ?

L’accomplissement que nous recherchons par notre pratique n’est pas dans le sens d’une acquisition d’un pouvoir, d’un ultime moyen de contrôler la situation, d’éviter ce qui nous terrifie, bref de refuser la vie…

Il nous faut être attentif et précis car les contenus spirituels sont souvent incompris, récupérés et réorientés vers le plaisir et le bien-être, le développement personnel. La recherche de la maîtrise, de la perfection a tout investi y compris le champ de la spiritualité… Le «lâcher prise» se présente alors comme un dernier refuge, une énième protection… mais protection pour qui ? Qui cherche à se protéger de la vie, de son mouvement, de ses transformations, de ses énergies ? Il y a dans toutes nos démarches, l’espoir secret de se conserver et de ne plus souffrir… mais la vie et ses énergies sont une constante transformation…

Notre relâchement n’est pas un moyen en vue d’une fin. C’est une conséquence. Celle d’un “oui”, c’est une vision, une compréhension. Conséquence d’une déprise de soi, d’une démission. Démission de quoi ? De tous les rôles et les fonctions, une dé-couverte de l’homme vrai, nu, sans situation.

Soyons tout à fait clair : le “lâcher prise” ne concerne pas notre rapport aux évènements extérieurs, mais directement la prise que nous avons sur nous-mêmes. C’est d’une déprise de soi dont il s’agit et dont les évènements extérieurs ne sont que la pierre de touche. On ne s’atteint vraiment que dans l’oubli de soi, que lorsque l’on se quitte soi-même. (Et comment le pourrait-on ?) Là seul, se révèle notre véritable visage, notre véritable nature, vaste, spacieuse, sans limite, notre véritable dimension.

Toute la journée, sans nous en rendre compte, nous nous opposons à tout, nous nous appuyons sur tout. Nos phrases, comme nos vies commencent si souvent par un “non”…. Même debout, nous ne relâchons pas le poids en terre, nous nous portons partout où nous sommes et “appuyons notre viande morte” sur les autres, notre maison, notre situation, notre famille, nos amis, et surtout sur nos idées. Sans racine, nous flottons au gré des courants et des marées. Nous flottons… à la surface du monde des hommes flottants. Dans ce grand théâtre, nous jouons, en nous appuyant 24 heures sur 24 sur toutes les idées que nous avons sur tout,… y compris les idées de libération, de relâchement. Le relâchement, c’est durant 24 heures, ne s’appuyer sur rien et ne pas faire de ce rien quelque chose sur lequel s’appuyer non plus.

Que reste il alors ?

Il reste l’espace et la joie. Pure. Il reste la danse, danse des formes, danse du sans-forme,  danse du tao.

La Grandeur dont nous parlons n’est pas une grandeur obtenue, une grandeur acquise, elle est la réalisation intime de ce que nous sommes. L’ expression d’une résonance, d’un accord, d’une respiration. Réalisation de quoi ? que nous sommes cette respiration cosmique et cette vie infinie, que nous sommes, tout à la fois, et ces vagues de surface et cet océan profond.

Rien n’a jamais été séparé sauf à travers le prisme de  nos lunettes colorées.

La véritable perfection inclut l’imperfection. Elle ne craint pas l’attachement, les pensées, les émotions, parce qu’ils sont les différentes énergies de la vie infinie de l’esprit. Lorsque, quittant les impostures, nous revenons à ce que nous sommes, alors la véritable posture apparaît. Lorsque l’homme accepte sa fragilité et cesse d’espérer être ailleurs ou autre que ce qu’il est, il redevient entier. Là est la perfection dont nous parlons, là est la maturité.

Toute notre pratique est là, sans pratique, à ciel ouvert, accueil de ce qui apparaît sans manipulation, sans attente, sans protection, tendre, fragile, vulnérable.

La pseudo sécurité recherchée dans l’agitation, la distraction peut également l’être dans une vacuité, une sagesse, une équanimité. C’est encore nous tourner le dos.

Autrefois, enfant, sur le manège, le forain agitait un ponpon. L’enfant qui pouvait l’attraper avait droit à un tour supplémentaire. Nous n’avons pas bougé de là. Notre volonté de saisir quelque chose à tout prix nous maintien dans la ronde du manège. Transmigration. Seul l’arrêt du vouloir obtenir est illumination et cette illumination est la vie ordinaire pleine et entière. La simple idée de recherche nous sort de l’instant présent. Seul cet instant, ce contact avec les pensées, avec ce corps et ses sensations est la réponse à notre question. Seul l’abandon de toute recherche y compris la recherche de ne pas rechercher répondra. Dieu, Bouddha ne sont pas en dehors de la vie ordinaire, de l’instant présent, le royaume des cieux est au dedans de nous. Que se passe t-il lorsque toute recherche s’épuise ? Cela, cette vie simple et ordinaire vous rempli le coeur et les yeux. Il n’y a rien à faire, simplement être totalement là avec ce qui est. Sans rien ajouter, sans rien enlever, sans rien vouloir obtenir y compris Cela.

Lorsque dans le silence cesse la tension de devenir, du vouloir obtenir, vouloir se protéger, c’est le relâchement, la véritable paix, toute inquiétude disparaît. Nous nous révélons à nous-mêmes tels que nous l’avons toujours été, entier…

La vision d’un cœur sans attente, sans détour, laisse poindre notre véritable visage, ce que nous sommes dans toute son ampleur. Présence ouverte, silencieuse à ce qui est. Candeur, espace, fluidité, liberté.

Comme le poisson-dragon, on nage librement dans l’océan profond.

La terre de notre corps-coeur-esprit redevient fertile, l’énergie de la vie y circule librement et les fleurs de sagesse, de tendresse éclosent naturellement.

Une source infinie de joie, de paix et d’amour jaillit de ce cœur à nouveau disponible comme une eau vive qui elle seule rassasie.

Alors pourquoi chercher encore les eaux embouteillées ? Libre depuis toujours, pourquoi encore s’entraver ?

H.L

  


Hsin Hsin Ming ( Seng tsan, VIème siècle, “3ème patriarche chinois”)
traduit par Daniel Giraud (extraits)

(…) Ne discernant pas le sens profond
Vous travaillez en vain à pacifier votre esprit

Union parfaite, grande vacuité
Sans manque ni superflu

En réalité accepter ou renoncer
Cause ce qui n’est pas Ainsi

Ne pourchassez pas les raisons de l’existence
N’endurez pas le néant patiemment

La semence de l’Unité contient la Paix
Disparaissez alors en mettant fin à vous-même

En cessant d’agir pour revenir au repos
l’immobilité vous agitera davantage

Seul la dualité obstrue
Semer l’Unité : connaître la Paix

Sans comprendre l’unique semence
Le résultat de l’erreur est double

Bannir l’existence, c’est s’y engloutir
Poursuivre le vide, c’est lui tourner le dos (…)

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