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« Les patates à demi-cuites… » de Me Huang

« Les patates à demi-cuites… » de Me Huang

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Me Huang, un oncle de notre famille, avait une expression en parlant de ceux dont la pratique n’était pas complète : « patates à demi-cuites… Tendres dehors, dures dedans.. ! » ! Il parlait d’une pratique qui ne reste qu’à mi chemin, qu’en surface… qui ne s’en tient qu’à l’apparence.

Il nous faut admettre que comme dans le tuishou, nous sommes bien relâchés lorsque tout va bien, mais dès que les circonstances deviennent adverses, la tension nous envahit…

Alors, pour ne pas risquer d’être une de ces pommes de terre, je me dois d’interroger ma pratique et sa cohérence :

Jusqu’où et à quel point suis-je tendre et relâché… ? 

Parce que je ne serai pas jugé à mes paroles, mais à mes actes…

La plupart du temps nous limitons notre pratique à un relâchement musculaire. Mais la tension de ce corps est la plupart du temps liée à la tension de notre esprit, de notre psychisme… Facile à constater.

Me Huang sheng Shyan, qui fut l’élève de Me Cheng Man Ching. Il fut également un grand expert du style de Kung Fu de la grue Blanche

 

Qu’est-ce qui nuit au relâchement ?

 

Il y a bien évidemment quelques tensions corporelles liées à l’activité physique, mais le plus souvent la plupart de nos tensions les plus profondes s’originent dans une tension du psychisme. Pour relâcher la tension, il faut détendre l’esprit…

Souvent les patients me demandent « mais comment lâcher prise ?… », ce à quoi je réponds tout le temps par : « arrêtez de tenir ! »  

On ne peut lâcher en faisant quelque chose de plus, une tension supplémentaire… C’est comme se forcer à s’endormir !

Et qu’est-ce qui tend l’esprit ?

Il y a déjà plus de 2500 ans, le bouddha, comme un bon thérapeute, a identifié la racine de l’état malsain, l’état de maladie à trois poisons, et il a prescrit le remède pour recouvrer l’état de Santé fondamental.

Ces trois grandes sources de tension sont les suivantes  :

  • l’avidité, le désir de posséder

  • la haine, la colère, la répulsion, le désir de rejeter

  • l’ignorance, la confusion, la manque de clarté….

Ces trois poisons interagissent, sont intimement liés et s’enracinent dans une vison tronquée de ce que nous sommes.

Il y a donc un état de santé fondamental, un état sain et un état de maladie, un état malsain.

L’état malsain est tout état de tension, de crispation, de contraction du corps et de l’esprit, origine des maladies.

En face, il y a l’état sain, un état de fluidité naturel, clair, spacieux…

Pour relâcher la tension, il faut cesser de s’identifier à elle. Cesser de s’identifier à la colère, au ressentiment, au désir de posséder. Cela permet l’ouverture de la Situation.

La première étape consiste à voir, à identifier l’état de crispation. A voir combien la crispation est un état malsain qui nous empoisonne, nous en premier.

Ressentir combien il y a de contraction, de tension en nous, amène un esprit de bienveillance, de compassion envers soi.

Apprendre à regarder avec une conscience bienveillante, la colère, l’avidité en soi, permet de comprendre son énergie, son origine, sa consistance, son but, son mécanisme.

La colère par exemple, est une énergie défensive qui cherche à nous protéger. Mais voir clairement qu’au lieu de nous protéger, elle nous empoisonne très physiquement le sang, les tendons et le foie, cela permet de changer, de transformer ce mécanisme et de s’en libérer.

Il nous faut nettoyer “le miroir brillant” de notre propre esprit, de toutes les contaminations et chemins d’habitude qui sèment sans cesse des graines de souffrances dans notre propre esprit et par voie de conséquence dans l’univers entier…

Pour agir justement, il faut voir clair, et pour voir clair, il faut que notre vision cesse d’être contaminée, obscurcie par des émotions et des pensées perturbatrices.

Toute situation peut alors devenir le haut-lieu de la pratique, le daogouan, le grand tuishou.

Si la poussée est une aide pour retourner vers sa racine et approfondir le relâchement, alors on n’appréhende plus les situations, on les aborde avec curiosité.

Considérer dans la vie comme dans le tuishou, que l’on ne peut contrôler rien ni personne, c’est à dire les posséder quelque part, que l’on ne peut que les aimer, permet de s’apaiser, de se détendre et de laisser s’ouvrir le cœur, de développer la paix du cœur qui ne peut fleurir qu’en relâchant notre avidité et notre peur de ne pas contrôler la situation.

Les raisons des problèmes actuels que traverse notre siècle, qu’ils soient écologiques, politiques, financiers… s’enracinent dans les trois poisons, dans l’ignorance de notre vraie nature et dans les deux mouvements réponses, conséquences, de ce premier : L’avidité, le désir de posséder, de prendre, d’avoir et la haine, la colère, le rejet…

La solution ne se trouvera jamais dans une issue politique ou financière, mais dans la transformation de notre propre cœur.

Le propos n’est pas d’être des chrétiens, mais de devenir Christ, pas d’être des bouddhistes, mais de devenir Bouddha… De cesser de vivre par procuration et devenir des êtres authentiques.  

Et cela passe par l’ouverture du cœur.

Attention au feu et bonne cuisson !

S.

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