Partager cette page

Facebook

Newsletter

Quelle est l’essence du Taï chi ?

Quelle est l’essence du Taï chi ?

cheng

«  Eclairer sa propre stupidité…! »

Souvent on me demande en ce début d’année : “qu’est ce que le Taïchi ? Quel en est le but ?”.

Il y a peut être autant de buts que de pratiquants, mais globalement, il y a trois grands axes : Il y a ceux qui pratiquent pour la santé, ceux qui pratiquent pour l’aspect martial ou encore, ceux qui le pratiquent comme voie d’éveil.

L’art du Taïchi est à la fois tout cela et en même temps, ce n’est pas du tout cela.

La question est importante et devrait constamment accompagner, interroger notre pratique !

Elle émane d’un questionnement non pas sur la pratique mais sur sa propre vie.

Le taïchi n’est pas un pyjama chinois, une panoplie supplémentaire, il est ma vie même.

Alors quelle est l’essence du Taïchi c’est dire : quelle est l’essence de ma vie ?

Il y a fort longtemps, j’avais posé cette question à mon professeur, il m’a répondu : « un constant changement… ».

Aujourd’hui, c’est à mon tour de m’interroger à nouveau et de répondre, à dire ce que c’est pour moi après bientôt 30 ans de pratique de cet art.

A mon sens, l’art du Taïchi a à voir avec la quête de la liberté et l’expression de sa Joie.

Et cette quête passe par la recherche de l’équilibre central (zhong ting), par épouser sa loi, celle des transformations silencieuses.

IMG_8519Cet équilibre dont nous parlons n’est que trop souvent pris pour une voie tiède, entre gauche et droite, haut et bas, une voie du milieu, « diplomate »… Un art pour ceux qui ne se “mouillent” pas.

L’équilibre dont nous parlons ici n’a rien à voir avec cette position statique un peu mièvre, « nouille trop cuite » disait mon professeur…Il ne réside pas dans l’entre-deux frileux mais dans le fait de s’établir dans le “non-deux”…L’équilibre ne se trouve pas dans le ‘grand écart’ tenu entre de deux parties injoignables mais dans leur abandon. Il se trouve dans le sans-poids, dans le sans-flèche, dans le sans-corde ni verrou, au centre. Là est le lieu de la grande et véritable activité. Quelle est le centre du taïchi ? C’est le wuji, le sans-limite. “le grand carré n’a pas d’angle…” souffle ‘grandes oreilles’ ! Quel est le coeur de ma vie, c’est le wuji !
Quel que soit les noms dont on l’affuble… Car “les noms ne sont pas le Nom” continue “le vieux”…

Le wuji n’est pas un lieu mais un état. Et la pratique ne vise qu’à cela, à l’accord, à la résonance ! Un état que l’on ne prend pas une heure par jour, mais un état à partir duquel on vit peu à peu, de plus en plus. Un état qui ne dépend pas d’une posture assise, de techniques complexes, mais d’une pureté de coeur.
Là est la Grandeur (taï) dont nous parlons et à laquelle nous aspirons, au plus profond de soi. Atteindre et vivre à partir de ce fond, c’est être enraciné, c’est devenir Vivant.

Mais attention, l’équilibre n’est pas inertie, statique, il est dynamisme,…il est cette danse, ce mouvement qui se donne et se reçoit, qui ploie et se déploie.

En son sein se trouve confrontation, limitation mutuelle, interdépendance,… sans lesquelles n’est possible aucune transformation.

Mais en parler nous éloigne de ce qu’il est !

Il a plus à voir avec la texture de ma propre peau, avec la fluidité de mon propre sang, avec ma qualité de présence, qu’avec des manuels techniques scolaires sclérosants.


Selon la légende, l’art du Taïchi serait né de la vision d’un ermite taoïste : Chan San Feng. Il assista à un combat entre une grue et un serpent : Aux attaques directes du volatile, le serpent se défendait tout en fluidité et en ondulation. Lassée, la grue se retira. On dit qu’il créa l’ancêtre du Taïchi à partir de là…

serpent-oiseau

“Taïchi” désigne l’univers entier, le monde manifesté, le yin-yang est son respir…”Un yin , un yang, c’est le tao ! ” disent les textes…

Cet univers est Qi, souffle. Et le souffle dont nous parlons dans la pratique n’est pas respiration mécanique mais cette attention à la circulation des énergies subtiles qui nous habitent et qui forment la trame de ce corps-esprit. Rien à voir avec la farce de la dinde…
Etre centré, c’est être attentif à ce respir profond des souffles subtils et agir en accord avec cela.

Alors, le Taïchi Chuan est cette boxe “du faîte ultime”, boxe fondée sur cette loi, sur cette danse du yinyang.

Dans cet art, on a souvent interprété cette rencontre d’une façon dualiste, opposant l’ondulation, la fluidité (yin) du serpent (animal yin terrestre), à la droiture, la rigidité (yang) de la grue (animal yang céleste).

Je pense qu’il faut regarder les deux ensemble : Les deux sont yinyang, le taïchi ; pas de cercle sans carré, sans un point autour duquel le cercle peut se tracer. Pas de relâchement sans structure.

C’est un point très important pour comprendre le tuishou et la forme. Le taïchi repose sur la transformation incessante du yinyang.

L’équilibre central ne se trouve pas, ne se prend pas, il n’est pas une certitude, une position à tenir mais une attitude, un constant ajustement, une façon d’être au monde…

Cet équilibre central se trouve par la détente et le relâchement. Dans l’abandon de toutes les positions à défendre, pour accéder à la Posture. La Posture est ouverture, elle apparaît naturellement lorsque cesse toute imposture…

Le relâchement est ouverture au dynamisme vital. Un « oui » à la vie. La fin de toute résistance.

Car l’agressivité ne peut trouver la paix, la paix apparaît dès lors que cesse toute agressivité !

Toute démarche fondée sur l’avidité, la volonté d’obtenir, l’autoritarisme, le volontarisme, la recherche de pouvoir est vouée à l’échec.

Le Taïchi naît du Wuji… Pas hier… Le Taichi naît du Wuji instant après instant.

Le “deux” naît du Un, mais le UN ne vient pas en nombre, il n’est pas effacé par le deux.

Le Wuji “sans limite” n’est pas en dehors du Taïchi. Il ne se trouve pas en dehors du monde limité…

Il est son cœur même.

“Quel est le coeur du Taichi ?”, revient à dire :  “Quel est le coeur de ma vie ?, Quel est ma source, mon origine ?”… Si l’on pousse la question jusqu’au bout, bien entendu.

Le Taïchi est la danse du Tao. Et sa forme est un constant changement.

Dés lors que l’on se raidit, que l’on se crispe, que l’on veut saisir… On bloque le mouvement, la transformation, la compréhension, on arrête de danser… La maladie apparaît.

La libération est enracinement et ouverture à ce qui apparaît.

Aujourd’hui tout le monde veut méditer, devenir bouddhiste, taoiste, tantrique, zen …, bref se distinguer… Mais sincèrement, est-ce que le conflit et la confusion peuvent trouver la paix ? Est-ce que la fermeture peut connaître l’ouverture ?

La méditation n’apporte rien, c’est un espace qui s’ouvre et révèle celui qui se laisse éclairer…

C’est cesser de résister, de s’opposer à ce qui apparaît, accepter d’être totalement bouleversé, remis en question c’est à dire en mouvement…

Les déguisements, quels qu’ils soient, n’y changeront rien, ne protègent de rien, ne cautionnent rien…

IMGP1799La rencontre de l’autre dans le Taïchi est un révélateur. Il met en évidence toutes nos exigences, nos crispations autour de nos attentes, de nos peurs, nos revendications, nos aspérités…

Après la solitude du travail en solo, l’exercice duel vient ouvrir le débat. Elle témoigne du ‘trois’.

Là où tout le monde était plus ou moins d’accord sur “se concentrer sur soi”, vient la difficulté de donner de l’énergie à l’autre, d’écouter l’autre et de le suivre… Il y a alors soi, l’autre et cette relation.

Le tuishou est fondamentalement “apprendre à s’oublier et à suivre l’autre”.

Quitter son propre centre d’intérêt, com-prendre un autre centre que le sien est un excellent exercice, puis trouver un centre commun, Où ça ?

La capacité du serpent est alors mise en mouvement par les questions directes de la grue.

“Où sont tes racines, où est ton centre, quelle est cette résistance ?”…

Quant aux armes, il n’y a pas d’armes dans le Taïchi : l’art du Taïchi est un perpétuel désarmement.

L’art du Taïchi est une perle brillante, pour reprendre l’expression d’un ancien maître chinois…

Alors, naturellement, il y a ceux qui l’enfouissent profondément en terre, ceux qui en font commerce ou collection, ceux qui aiment s’en parer pour se redonner de l’éclat, ceux qui se perdent dans ses multiples reflets et… il y a ceux qui réalisent que « l’univers entier est une perle brillante » et qui agissent comme tel surtout !

Un de mes professeur résumait cela ainsi : “Le Taï chi, c’est éclairer sa propre stupidité” !

« L’étude ici est essentiellement fondée sur l’équilibre, la douceur, le relâchement…”

Cheng man-ching

Houal

 

Autres articles récents

X