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Le tao du vieux Cheng : « Investir dans la perte… »

Le tao du vieux Cheng : « Investir dans la perte… »

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Le temps est à la pluie…

Et voilà qu’apparaissent toutes sortes de parapluie….

Aurions nous peur d’être mouillé ?

Quand pour la dernière fois avons nous dansé sous la pluie ?…

Partout on cherche comme des forcenés le sens, la cohérence, la méthode, la médit’,

qui va nous rendre heureux, ou moins malheureux, nous faire accéder au bonheur…

A l’abri, le remède pour nous éviter d’ être mouillé…

Et voilà déjà que l’angoisse tranquillement apparaît.

Pendant ce temps, silencieusement, notre terre se languit.

Quand va t-on vivre sa vraie vie !


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Notre peur de vivre nous propulse loin de notre maison natale. On fait retraite loin de chez soi, on se prend pour un bouddhiste ou un taoïste, un « non-dualiste », …. on cherche un beau parapluie.

Des pouvoirs, des positions, des protections, des reconnaissances particulières…

Mais la peur restreint la vie, la musèle, la limite. Elle rend étroit, frileux et prudent…

L’enseignement du vieux Cheng est d’une grande simplicité.

Il ne propose pas de révolution céleste, de postures complexes, de récitation de formules secrètes, de mots magiques…

Il propose la grandeur. Il propose de laisser s’ouvrir son cœur.

Le travail est ailleurs, dans la déprise qu’un tel art exige.

Son Taïchi n’apporte rien. Il donne tout.

Apprendre à se donner de plus en plus à la disponibilité de l’instant présent.

Toute élaboration technique, tout concept mental nuit à l’expérience du moment. Tronque la vérité de l’instant.

Où pourrait on se cacher ? Quelle agitation, quelle frénésie apportera la paix de l’esprit ?

On ne peut qu’accepter de vivre ce qui apparait sans chercher à l’oblitérer d’aucune façon.

Nous ne cherchons pas l’humilité pas plus qu’une hypothétique sagesse… D’autres masques de notre prétention.

Ne rien attendre, ne rien prétendre, est ouverture, abandon de toute recherche de sécurité.

Claire exposition. Confiance absolue. Centre immobile.

Toute demande, toute attente, témoigne de notre incomplétude.

Preuve supplémentaire de ma misère.


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Toute intention de me chercher ailleurs, une tension, un dynamisme qui me fait quitter la fluidité de l’instant présent.

Faire face à ce qui vient, à notre vie la plus quotidienne est l’essence de tout art authentique.

Alors chaque moment de ma journée n’est rien d’autre que la meilleure occasion de faire retour à l’ espace infini de ma propre vie.

On ne peut faire du Tai Chi, on le vit.

Inlassablement, le vieux Cheng exhortait à « rester droit et détendu quoi qu’il arrive », à ne pas résister, à se détendre…

Nous ne sommes ni détendus, ni disponibles.

Accepter cet état sans chercher à le changer est le retour à la disponibilité. Retour au Tao.

Nous n’acceptons pas nos vies, ce qu’elles sont, nos larmes, nos cris, ce que nous sommes,

Nous passons le plus clair de notre temps à vouloir changer, à nous raconter de belles histoires ou les raconter aux autres, c’est partout le grand théâtre, le jeu de marionnettes.

Nous ne sommes pas tranquilles.

Les rivières de la vie ont du mal à s’écouler à travers nos muscles noués.

L’art du Taichi, c’est apprendre à écouter. Et se relâcher.

Apprendre à laisser jouer en soi la grande musique, celle d’avant les notes.

Apprendre à mourir à toutes attentes, à toutes tentatives subtiles de contrôles, et devenir profondément accueillant.

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La recherche même spirituelle est une fuite, une démission, un manquement.

Cet investissement dans la perte, n’apporte aucun gain pour un moi.

Il faut bien réaliser que nous ne pouvons nous préparer au pire, à l’imprévu, à ce que va être la blessure, la douleur, la dégénérescence, la mort.

Nous n’avons à ce sujet que des informations de seconde main, rien de frais de neuf, d’authentique.

La seule chose que nous puissions, faire c’est l’expérience sensible du moment.

Ecouter, comprendre. Ecouter, comprendre, transformer.

Nous ne pouvons qu’apprendre à nous détendre, à écouter, en refusant toutes collections d’idées, tout prozac spirituel.

Etre transpercé par une fleur, le chant du coq, un bâton ou un clou est exactement la même chose.

Nous réalisons soudain ce que nous sommes.

Le taïchi est l’art du retour au tao.

Autrement dit, c’est l’art de mourir, c’est pour cela qu’il est un art de vivre.


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Dans la pratique physique, corporellement, nous apprenons à relâcher, à aller vers la souplesse, la douceur, jusque dans nos cellules.

Par l’écoute subtile, nous apprenons à déceler tous faux mouvements, toutes tentatives de justifier, de déguiser, de tricher avec ce qui est là.

Vivre en toute simplicité sans aménagement, sans préparation, qui tronquent la vérité du moment…

Le seul entrainement possible est celui de la disponibilité, de l’ouverture à ce qui vient.

Sans la prétention d’être quelque chose ou quelqu’un qui serait avec, ouvert à.

Le Non-être, le sans-limite, n’est pas une décoration supplémentaire, une position particulière.

C’est une évidence, un abandon, une remise à l’endroit.

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