Formation ou trans-formation ?  Le kungfu de l’apprentissage et de la transmission…

Formation ou trans-formation ?  Le kungfu de l’apprentissage et de la transmission…

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Article publié le :
15 juin 2020

Par Emmanuel


C’est à la fois avec joie et tristesse que nous venons de terminer
notre 4ème et dernière année de formation en “Lishan Tuina”.

(Promotions 2016, 2017, 2018 & 2019…
Quelques belles découvertes…
quelques abandons…
Les aléas d’une formation exigeante…)

Joie de voir que tout le travail accompli a donné quelques fruits, que nous ne sommes pas tout à fait les mêmes à l’arrivée qu’au départ…

Mais aussi tristesse de se quitter après 35 week-ends intensifs d’étude et de pratique… Une tristesse accompagnée aussi d’un peu d’inquiétude : Que nous réserve l’avenir ? Qu’allons-nous faire de cette formation ? Quels seront les fruits et à quand la récolte ?

1°) Le temps “consacré à”


Jean Lucien Jazarin était un grand judoka français, mort en 1982… Pionnier du Judo en France, bien qu’il ait débuté la pratique tardivement, il a contribué à promouvoir et préserver jusqu’à sa mort, l’esprit d’un Judo authentique et traditionnel.  Dans l’un de ses deux beaux livres sur le Judo (“Judo, école de vie” et “L’esprit du Judo : Entretiens avec mon maître”),  il compare la pratique du judo à l’apprentissage d’un métier, mettant en parallèle le nombre d’heures de pratique et le temps d’apprentissage d’un métier…

Combien de temps faut-il pour commencer à maîtriser un métier, quel qu’il soit ? 

Après combien d’années, un artisan, un médecin, ou encore, un instituteur… peut-il considérer qu’il n’est plus un “débutant” ? 

Nous conviendrons volontiers, qu’une année de pratique professionnelle, quel que soit le métier, n’est pas suffisante pour être un professionnel “confirmé”. Après un an, on n’en est encore qu’aux rudiments, aux balbutiements… On est débutant… 

Qui aimerait se faire soigner par un médecin qui n’exerce que depuis un an ?  Nous préférerions tous je pense, avoir affaire à un Raoult ! Pourtant, il faut bien commencer…

Tentons à notre tour la même comparaison avec notre pratique, en faisant le petit calcul ci-dessous :

  • La durée légale annuelle de travail est aujourd’hui de 1607 heures par an (35 heures par semaine, 5 semaines de congés payés, soit presque 152h / mois)… 
  • Admettons qu’un pratiquant “standard” de Taïchi participe à 2 séances d’1h30 par semaine durant toute la saison sportive. Cela représente 108 heures au total par an (on suppose qu’il ne manque aucune séance, sur les 36 semaines scolaires…). 

A ce rythme, il lui faudra environ 15 ans (!) pour atteindre l’équivalent d’une année de travail, et donc acquérir le statut de “débutant”, si l’on se réfère au monde professionnel évoqué précédemment.

Intéressant, non ?

  • En supposant que ce pratiquant soit sérieux et ajoute 1h de pratique personnelle par jour (tous les jours de l’année !), cela nous amène à 473 heures par an, ce qui lui permettra de réduire à environ 3 ans et demi la durée nécessaire pour avoir une “ancienneté d’un an dans le métier”.
  • Un pratiquant passionné, avec 725 h de pratique par an (10h de cours hebdo toute la saison + 1h de pratique par jour, toute l’année !) mettra quand à lui un peu plus de 2 ans pour atteindre ce stade.

Cette comparaison devrait nous amener à un peu plus de modestie, lorsqu’il s’agit de mesurer l’expérience acquise dans un art quel qu’il soit, ou avant d’égrener fièrement nos nombreuses années de pratique !

Tentons également le parallèle avec notre formation Tuina : 

  • Nous avons passé 35 week-ends à apprendre l’art difficile du Tuina, tant au niveau théorique que pratique. A raison de 12h par week-end, ces 35 week-ends ont représenté 420 h de “présentiel”, comme on dit aujourd’hui…
  • Ajoutons à cela un travail personnel (massage + théorie) en moyenne, d’une heure par jour pendant 4 ans : 4 x 365 =1460… Cela nous amène à une durée de pratique “professionnelle” de 1 an et 2 mois environ…

Nous sommes donc tous devenus, à l’issue de notre formation, des débutants en massages tuina…

Ce calcul est fastidieux et un peu artificiel il est vrai, car probablement surévalué, même s’il y a des exceptions. Il a toutefois le mérite de relativiser une expérience que nous pensions tous conséquente ! 

2°) Changer de forme


Il y a un peu plus de 20 ans, lorsque je m’imaginais “karatéka expérimenté”… avec mon diplôme professionnel d’enseignement en poche… j’étais tout fier d’annoncer mes “10 années” de pratique. Je “connaissais” plus de vingt “katas” (“Tao lu” en Chinois – enchaînements codifiés de mouvements) et trouvais cela incompréhensible de voir que dans le passé, les maîtres n’étudiaient qu’un à trois katas toute leur vie durant…  

Je voyais alors ces “formes” comme un recueil technique, me disant qu’il valait mieux en “posséder” un maximum pour étendre mon répertoire, et les exécutais (ce qui est le cas de le dire) toujours de la même façon, c’est à dire à “ma façon”… Il m’a fallu attendre encore quelques années, pour découvrir, auprès de mon professeur de Taïchi, un sens plus profond du “kata” :  Ce n’est pas une chorégraphie que l’on répète pour acquérir des automatismes, mais un “moule” pour nous former, nous trans-former, de façon à “changer notre forme” initiale… 

Il est donc important que ce “moule” soit suffisamment “rigide”, solide, fiable et immuable…

Une formation est en quelque sorte, un  “kata”, un Tao-Lu, un moule…
Etre en formation, c’est approfondir un “kata”, sans cesse, pour changer de forme.
Ce n’est pas de l’ordre de l’acquisition, mais de la transformation.

Il ne s’agit pas de répéter des techniques et méthodes, que l’on va mettre bout à bout, pour obtenir une chorégraphie rythmée qui aura plus ou moins de sens (martial, symbolique, corporel ou spirituel…),  mais de se transformer par une pratique.

Cela demande forcément temps, patience, investissement et persévérance (ce que l’on appelle ”kungfu”), associés à une manière d’être, qui ne sépare plus la pratique du quotidien…

On ne “fait” pas une formation, tout comme on ne “fait” un kata, un taolu…
On est en formation, c’est un processus, constant, de trans-formation.

Aujourd’hui, poussés par cette volonté de toujours aller plus vite, de se former vite pour être rapidement “opérationnel” sur le marché du travail… nombreux sommes-nous à céder à la tentation de griller des étapes : courir de formation en formation, de “katas” en”katas” (quand ce n’est pas “de cata en cata” !), s’installer rapidement pour enseigner, ouvrir un cabinet, donner des conseils… tentant vainement de trouver le moule adapté à notre propre forme, au lieu de vouloir changer celle-ci ! 

Collectionner les “katas”, les formations, certifications ou diplômes… ne nous trans-formera pas forcément… Tout comme avoir le permis de conduire, ne permet pas encore tout à fait d’être armé pour piloter une formule 1. Il faut du temps, de l’expérience auprès d’un pilote confirmé… et commencer par une 4L est un début prudent, au risque d’être un peu surpris au premier virage venu !

Vouloir rapidement cueillir les fruits est bien humain… mais il ne faut pas oublier qu’au préalable, il faut que ça bourgeonne, que ça fleurisse, et puiser à la source suffisamment pour arroser les racines et les feuilles un certain temps  !

3°) Aider les autres ?


Vouloir enseigner, former, soigner ou conseiller… les autres… est une démarche louable… mais elle  implique une grande responsabilité, une grande humilité, ou une grande inconscience et prétention ! 

S’il est parfois très gratifiant de se mettre dans la peau du “prof”, du “sachant-soignant”, du “conseiller”… Il est prudent auparavant de creuser un minimum ce qu’il y a derrière cette volonté d’enseigner, de conseiller, de (trans)former les autres… Car on ne peut former qu’en proposant son propre moule, et il vaut mieux qu’il ne comporte pas trop de failles… pour éviter que ça explose à la cuisson ! 

Est-ce le souci de préserver une tradition, de s’inscrire dans une filiation, de partager et faire goûter aux autres les fruits sucrés que l’on a récolté ?… ou est-ce pour se rassurer soi-même, briller “en société”, asseoir une certaine domination, affirmer une autorité artificielle en exerçant son petit pouvoir sur autrui ?  La nécessité de “gagner sa vie” en vivant de sa passion, ne doit pas nous amener à sacrifier ce qui fait la valeur même, l’âme de notre pratique…

Avez-vous remarqué, que depuis quelques années, un nouveau métier s’est énormément développé ? : “le coaching”… 

Aujourd’hui, à la place de nos anciens “maîtres-compagnons”, on a des coachs d’intérieur, des coachs de jardinage, de bricolage, des coachs en relations “homme-femme”, même des “coachs spirituels”… et tout un tas de coachs de vie ! 

On ne sait pas trop d’ailleurs, ce que peut bien être un “coach de vie” : Vous vous épuisez dans votre métier… Vous faites un burnout… Vous réalisez que vous n’êtes pas fait pour cette vie… puis après 3 week-ends de formation vous devenez “coach de vie”, ou coach en “développement personnel” pour enseigner à votre tour à ceux qui ont fait un burnout, comment mener leur propre vie…  “Devenez qui vous êtes vraiment grâce à mon écoute bienveillante… Trouvez en vous-même les clés de votre propre réussite, bien-être… etc… en venant me voir… 3 week-ends de formation, ou 3 séances suffisent… “…  

Ainsi, malgré la quantité de “protocoles”, de technique ou “de katas” que nous avons étudié et étudierons encore…
Malgré la quantité importante de travail, d’informations théoriques, pratiques…que nous avons “emmagasiné”…
Même si nous sommes amenés à enseigner, à prodiguer des soins ou donner de bons conseils… avec succès…
Gardons-nous  de devenir apprentis-sorciers… Devenons “coachs” de notre propre vie et…

Conservons un esprit de débutant tout au long de notre parcours de trans-formation !

Emmanuel


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