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Ecole d’arts martiaux traditionnels
fondée en 1986 par Sifu Hérald Loygue
4 Disciplines – 4 enseignants expérimentés – 40 années de transmission

Institut Lishan

Ecole d’arts martiaux traditionnels chinois

Fondée en 1986, notre école transmet le Taïchi Chuan, le Baihe Quan et le Qigong  dans un dojo lumineux de 140 m² en plein centre-ville.

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Un Dojo lumineux de 140 m2
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Les patriarches de notre lignée : Me Xie Zhongxiang, précurseur de la « Grue qui chante »

Les Patriarches | Taïchi Chuan

26 mai 2026

Les patriarches de notre lignée : Me Xie Zhongxiang, précurseur de la « Grue qui chante »

Par Emmanuel


Nous avons déjà évoqué ce maître célèbre dans différents articles à propos du Ming He Quan…
Vous pouvez vous y référer ici :

Ming He Chuan : une « grue qui chante »… en polyphonie


Xie Zhongxiang (谢宗祥 / Xie Ruru, 1852-1930)

Fondateur du style Ming He Quan — « Boxe de la Grue qui chante »


Origines et jeunesse

Xie Zhongxiang (谢宗祥), également connu sous les noms de Xie Ruru (谢如如) ou Xie Chongxiang (谢崇祥), naquit en 1852, la deuxième année du règne de l’empereur Xianfeng, dans le village de Daibian, canton de Shouzhen, district de Changle, province du Fujian (Chine du Sud). Issu d’une famille modeste, il suivit son père Xie Zunzhi à l’âge de treize ans vers la capitale provinciale, Fuzhou, où ils s’installèrent près du pont Xing’an, dans le quartier de Taijiang. Son père, artisan du bambou, gagnait sa vie comme tisseur et fabricant d’ouvrages en canne de bambou. Xie apprit d’abord ce métier, avant de devenir apprenti dans la cordonnerie Baomeizhai ouverte par un compatriote, Lin Kangguan.

Durant la journée, il travaillait ; le soir, il étudiait les arts martiaux auprès de Lin Dachong (林达崇), aussi appelé Pan Yu Ba (盘屿八), originaire de l’île de Panyu (南台岛) à Fuzhou. Ce dernier enseignait le Luohan Quan (罗汉拳), ou « poing des Arhats », et le Shaolin Bai He Quan, la « boxe de la Grue blanche du Sud ».

Formation et création du Ming He Quan

Petit de taille (environ 1,55 m), mais robuste et musclé, Xie présentait une particularité anatomique : son bras droit était plus long que le gauche. Cet écart l’amena à élaborer une technique originale fondée sur la complémentarité du dur (刚, gang) et du souple (柔, rou) — la main droite servant à pénétrer la défense de l’adversaire, la main gauche à détourner et à absorber l’attaque.

Inspiré à la fois par les arts qu’il avait reçus et par l’observation directe des grues blanches, il développa une méthode reposant sur trois éléments essentiels :

  1. La respiration « sifflante » (鸣气), profonde et sonore, en coordination avec le mouvement ;

  2. L’intégration du dur et du souple (刚柔相济) dans chaque action de défense et d’attaque ;

  3. L’alternance de tension et de relâchement — une mobilisation instantanée de l’énergie (Qi) suivie d’un retour immédiat au calme.

De cette pratique naquit le Ming He Quan (鸣鹤拳), littéralement « boxe de la Grue qui chante (ou qui siffle) », qui s’imposa progressivement comme une forme distincte à Fuzhou.


Selon les chroniques locales, Lin Dachong en posa les bases, mais ce fut Xie Ruru qui en compléta et perfectionna la structure, établissant un système complet de respiration, de posture et d’application martiale.

Le style combinait les techniques du Luohan Quan (héritage Shaolin) et celles du Baihe Quan (grue blanche du Fujian), intégrées dans une approche cohérente visant la souplesse, la puissance explosive, et la stabilité enracinée.
Le nom du style, « Ming He », provient du cri de la grue : l’émission soudaine du souffle concentré, qui symbolise l’union du Qi et du mouvement.

Enseignement à Fuzhou et reconnaissance locale

Xie Ruru fonda son premier hall d’enseignement à Fuzhou, dans le village de Qianyu (前屿), où il fut hébergé par la famille Ruan. Il y forma de nombreux disciples et gagna une réputation considérable qui dépassa rapidement les limites de la capitale provinciale pour s’étendre à l’ensemble du Fujian.

Les sources chinoises de référence — notamment la fiche encyclopédique du Ming He Quan dans Baidu Baike et la Wikipédia chinoise — soulignent une qualité particulière de son enseignement : Xie adaptait sa pédagogie à chaque élève, cherchant à révéler et développer les aptitudes propres à chacun plutôt qu’à imposer une exécution uniforme. Cette approche personnalisée explique la diversité technique de ses disciples directs, dont plusieurs devinrent des maîtres réputés à part entière :

Xiao Shuode (萧铄德) se distingua par son agilité aérienne et sa maîtrise de la technique de « force empruntée » (借力反弹之力) — l’art de retourner contre l’adversaire la propre énergie de son attaque, avec une finesse et une vivacité de mains remarquables.

Chen Baojing (陈宝菁), dit Erdi Shi (二俤师), reçut l’intégralité de la transmission des armes traditionnelles de l’école Bai He : sabre, lance, épée, bâton, houe, crochet, fouet et banc. Sa lignée constitue l’unique transmission armée documentée du Ming He Quan, faisant de lui le gardien d’un patrimoine technique qui aurait pu disparaître.

Lin Zhenlan (林贞兰), dit Fanzai Shi (番仔师, « le maître étranger ») en raison de sa stature imposante évoquant un Occidental, développa un style paradoxal : ses frappes commençaient silencieuses comme la pluie de printemps avant d’exploser comme la foudre, dans une approche directe et impossible à anticiper.

Chen Shiding (陈世鼎, 1898-1976), dit Mahuo Shi (麻伙师), incarne probablement la transmission continentale la plus créative et la plus structurée du Ming He Quan au XXe siècle. Réputé pour ses mains foudroyantes et un mouvement corporel comparable à une sphère pleine en rotation continue, il fut l’auteur du Ming He Hua Ba Quan (鸣鹤化八拳), forme codifiée majeure qui synthétise les principes de la grue blanche dans une expression à la fois vivante et pédagogique. C’est principalement par sa lignée que le Ming He Quan a continué d’être pratiqué à Fuzhou jusqu’à nos jours.

À côté de ces disciples techniquement documentés, la tradition orale fuzhounaise conserve également deux épisodes emblématiques de la réputation grandissante de Xie Ruru : sa victoire amicale sur le moine Xiao (萧和尚), instructeur martial au Manoir du Général, qui se serait ensuite reconnu son élève ; et sa rencontre avec le médecin Wang Shi’an (王士庵), qui aurait donné lieu à la formulation par Xie de la complémentarité entre l’art martial et l’art de guérir (武医, wu yi). Ces récits, transmis sans dates ni détails biographiques précis, ne figurent dans aucune généalogie technique attestée du Ming He Quan ; ils relèvent de la tradition narrative qui entoure le fondateur et illustrent moins une transmission qu’une doctrine — celle de l’union du dur et du souple appliquée tant au combat qu’à la santé.

Selon les chroniques locales de Fuzhou, Xie enseignait en effet non seulement la self-défense, mais aussi la respiration, la santé et la maîtrise du souffle vital, estimant que la véritable force naît du calme intérieur. Cette dimension thérapeutique de son enseignement explique sans doute la longévité de plusieurs de ses disciples directs (Chen Shiding atteignit 78 ans, Huang Sheng-Shyan 82 ans) et la place centrale qu’occupe le travail du Qi dans toutes les branches du style qu’il a transmises.

Transmission vers Okinawa et lien hypothétique avec le Goju-ryu

Entre 1877 et 1880, un jeune pratiquant originaire des îles Ryukyu (Okinawa), Higaonna Kanryō (东恩纳宽亮, 1853-1915), séjourna à Fuzhou pour y étudier les arts martiaux chinois. Originaire de Nishimura à Naha, il était arrivé en Chine en 1873 via le navire de l’Udun de Yoshimura, et étudia d’abord auprès de plusieurs maîtres avant de se fixer, en 1877, auprès d’un sifu fuzhounais que les sources okinawaïennes désignent sous le nom de Ryū Ryū Kō.

L’identification de ce Ryū Ryū Kō avec Xie Ruru constitue l’une des thèses majeures de l’historiographie du karaté, mais elle demeure aujourd’hui une hypothèse contestée plutôt qu’un fait définitivement établi.

Quoi qu’il en soit du débat historique, le rapprochement entre Ming He Quan et Naha-te est techniquement solide : la respiration sonore et profonde, l’alternance du dur et du souple (剛柔, gō-jū), l’usage du Sanchin (三战 / 三戦) comme forme fondamentale, les frappes courtes et les déplacements ancrés, le travail du Qi descendant au Dantian — tous ces éléments constituent le socle commun du Ming He Quan et du Goju-ryu, indépendamment de la question de savoir si Higaonna fut directement l’élève de Xie ou d’un autre maître fuzhounais de la même tradition Bai He Quan. De retour à Naha en 1882, Higaonna développa son enseignement qui prit le nom de Naha-te, et fut ensuite codifié par son disciple Chōjun Miyagi sous le nom de Goju-ryu — littéralement « école du dur et du souple », formulation qui constitue, à elle seule, la signature doctrinale héritée du Sud du Fujian.

Doctrine et techniques

Le système élaboré par Xie Ruru repose sur l’intégration du Qi interne et de la force structurelle.
Son entraînement combinait :

  • la descente du souffle et du poids corporel dans le Dantian inférieur (下丹田) et les jambes,

  • le rebound énergétique montant du sol dans un tremblement contrôlé (zhen, 震),

  • la transformation instantanée de l’énergie accumulée en puissance offensive ou défensive.

Ce processus, comparé à la vibration du cri de la grue, aboutissait à une forme d’explosion courte et totale, suivie d’un relâchement immédiat — principe que les maîtres appelaient « Ming He Jin » (l’énergie sifflante de la grue).

Ses élèves rapportent également qu’il maîtrisait la technique du “gilet de fer” (铁布衫, Tie Bu Shan), c’est-à-dire la capacité de contracter tout le corps pour encaisser les coups sans dommage, puis de relâcher aussitôt cette tension.

Rencontres et disciples célèbres

Selon les récits contemporains, deux figures locales marquèrent sa vie :

  • Le vénérable Xiao (萧和尚) — moine combattant et instructeur militaire, vaincu en duel amical et devenu disciple de Xie ;

  • Le docteur Wang Shi’an (王士庵) — expert en médecine et arts martiaux, qui enseignait la complémentarité entre l’art de guérir et celui de combattre, notion que Xie considérait comme l’expression même de l’union du dur et du souple.

 

Dernières années et postérité

Xie Ruru demeura à Fuzhou jusqu’à sa mort en 1930, à l’âge d’environ 78 ans.
Les habitants de Taijiang l’appelaient « Maître Xie de la Grue sifflante ».
Il continuait, chaque matin, à pratiquer la respiration et les formes du Ming He Quan au pied de la montagne Gushan.

Son enseignement se transmit sous deux lignées principales :

Lignée externe (Shaolin du Sud → Okinawa) : Higaonna Kanryō → Miyagi Chōjun → Goju-ryu Karate-do.

Lignée interne (Grue du Fujian → Taiji) : Huang Sheng-Shyan (黄性贤, 1910-1992) → Huang Taïji Quan 
Il intégra le travail du souffle et de la souplesse du Ming He Quan à son Taijiquan. Huang développa plus tard les Song Shen Wu Fa (松身五法) – « Cinq méthodes de relâchement du corps », où se retrouve l’essence du relâchement dynamique issu de la grue.

Transmission directe vers Huang Sheng-Shyan

Vers 1924, un jeune pratiquant originaire du comté de Minhou, Huang Sheng-Shyan (黄性贤), âgé de quatorze ans, se rendit à Fuzhou pour étudier auprès du célèbre maître Xie Zhongxiang.
Ce dernier, alors âgé d’environ soixante-dix ans, enseignait toujours le Ming He Quan (鸣鹤拳) – la Boxe de la Grue Sifflante – dans le quartier de Taijiang.

Sous la direction de Xie, Huang étudia le Bai He Quan (白鹤拳) et ses principes de respiration sifflante (ming qi), d’équilibre et de coordination du dur et du souple.
Ce contact direct avec le maître fondateur marqua durablement sa compréhension du mouvement : le souffle rythmique et élastique de la grue devint le noyau de son futur travail interne.

Après la mort de Xie en 1930, Huang poursuivit la pratique auprès de maîtres locaux de la grue du Fujian, avant de devenir, en 1947, disciple de Cheng Man-Ch’ing (郑曼青).
Il intégra alors sa pratique du Ming He Quan à la fluidité du Taijiquan, créant un pont unique entre les deux mondes.
Dans ses « Cinq méthodes de relâchement » (Song Shen Wu Fa – 松身五法), Huang transposa le cri audible de la grue en souffle silencieux : le même Qi, mais affiné et intériorisé.

Ainsi, la lignée de Xie Zhongxiang ne se limitait pas au karaté d’Okinawa : elle se prolongeait directement dans le travail interne du Taijiquan du Sud-Est asiatique, à travers Huang Sheng-Shyan, son dernier élève direct.

Conséquence historique

Cette relation directe fait de Huang Sheng-Shyan non seulement le héritier spirituel, mais aussi l’un des derniers disciples directs documentés de Xie Zhongxiang.
Le Maître de la Grue Sifflante transmit ainsi de son vivant à un jeune pratiquant le souffle, la respiration et la philosophie du Ming He Quan — un héritage que Huang transforma en voie interne du relâchement et de la conscience.

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