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Ming He Chuan : une “grue qui chante”… en polyphonie

Ming He Chuan : une “grue qui chante”… en polyphonie

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Par Emmanuel


Les wushu (arts martiaux chinois) sont multiples et variés. On dénombre en effet des centaines de styles différents, que l’on classe de diverses manières, notamment en distinguant de façon un peu artificielle,  les arts internes des arts externes, selon que l’usage de la force y est plus ou moins mis en avant : ainsi dans les styles internes on retrouve le Taïchi, Xingyi, Bagua, etc… tandis que le Hung Gar, Tang Lang, etc… se retrouvent classifiés dans les styles externes. Parmis les styles majeurs, il en existe un en particulier, qui nous intéresse ici. A mi-chemin entre les styles internes et externes, il nous provient du Sud de la Chine (Fujian) et est à l’origine non seulement du Wing Chun et du karaté d’okinawa, mais également d’une branche du Taïchi de l’école « Cheng Man Ching » ! … : Il s’agit de la boxe de la grue blanche… (« Bai He Quan »).

En quoi ce style nous concerne-t-il ? Tout simplement parce que ses principes et techniques  sont pratiqués et enseignés dans cette école non seulement en Qigong (« Qigong de l’envol de la grue ») ou en Kuntao (« Forme & style du Héron »), mais également en Taïchi Chuan…

 

Un peu d’histoire…


Connaitre l’histoire d’un style et son évolution permet souvent de mieux comprendre sa pratique. En savoir plus sur les racines peut parfois aider à mieux donner du fruit !

Parlons donc un peu d’histoire : Comme pour tous les styles d’arts martiaux, identifier l’origine précise de “La Boxe de la grue blanche” est assez difficile. Entre mythes et légendes, distinguer la part factuelle et historique n’est en effet pas chose aisée. Le Baï He Quan serait ainsi l’un des 5 styles originels majeurs de Shaolin. Il proviendrait du Lohan Quan. On lui trouve des origines plus précises au XVIIème siècle, où il est dit avoir été créé par une femme observant une grue en train se battre…  Ce dont on est à peu près sûr, c’est que le style principal “Baï He Quan” s’est par la suite divisé en 5 variantes, donnant 5 différents styles de grue blanche… qui se sont eux-même par la suite subdivisés… Ca se complique !

Notre échassier favori peut donc s’envoler (la « grue qui s’envole » : Feï He Quan), être dans son nid (Zhu He Quan), dormir (Su He Quan), se nourrir (Shi He Quan), chanter (la grue « qui chante » : Ming He Quan), ou enfin faire tout cela à la fois, à travers un style de synthèse qui regroupe l’ensemble des stratégies précédemment évoquées (Zhong He Quan)…

Notre grue « à nous » quand à elle, chante… Il s’agit du Ming He Quan…

Ce style est réputé comme étant le plus « interne » des styles de grue, dans la mesure où il privilégie le relâchement, la souplesse et le travail interne. Pour autant, à travers les vidéos d’illustration de cet article, nous verrons que la conception du « travail interne » peut être très différente selon les pratiquants !

Encore un peu d’histoire…


Un maître de la “Grue qui chante” peu connu des pratiquants de Taïchi, nous intéresse tout particulièrement ici : Le maître Xie Zhonghxiang (1882 ?-1930 ?). Il s’inscrit dans dans la lignée des maîtres du Ming He Quan, Lin Shi Xian puis Pan Yuba… Mieux connu par les karatékas, sous le nom de “Ryu Ryu Ko” (selon le dialecte employé sur l’île d’Okinawa, berceau du karaté), ce maître réputé pour ses capacités dans l’art du Ming He Quan, eut en effet pour disciple un personnage important dans l’histoire du karaté : Kanryo Higashionna, père du style moderne de karaté « Goju Ryu » (“l’école de la force et de la souplesse”) et ses dérivés, aujourd’hui l’un des styles les plus répandus après le Shotokan du Me Funakoshi

Ce que l’on sait moins, c’est que le Me Xie Zhonghxiang à la fin de sa vie, eut aussi un jeune disciple, du nom de Huang Sheng Shyan, qui deviendra plus tard un expert dans l’art de « faire chanter la grue »… Le jeune Huang, se fera en fait surtout connaître pour sa méthode de Taïchi Chuan, puisque celui-ci deviendra par la suite disciple du Me de Taïchi, Cheng Man Ching !

Un exemple « frappant » : Ershiba, la forme des 28 pas…


Les Wushu chinois se transmettent par l’enseignements de « formes », (« Tao » en chinois et « Kata » en japonais) qui contiennent les principes, les techniques et les stratégies du style. Le Ming He Chuan ne fait pas exception à la règle et propose notamment dans son « répertoire », une forme appelée « Ershiba » : « 28 pas »…

On retrouve aujourd’hui cette forme dans les styles « héritiers » du Ming He Quan, ce qui nous permet de comparer les différentes conceptions, compréhensions et interprétations des principes du Ming He Quan, conceptions qui comme nous allons le voir, diffèrent parfois beaucoup !

La forme typique de la grue…  Ershiba, « 28 steps »

La forme développée en Taïchi Chuan par le Me Huang Sheng Shyan,

Puis différemment interprétée par ses propres élèves… (ici les experts Patrick Kelly, Lau Kung King, et Yek Gong : « Sang Feng Quai Quan »,  « Quick fist form »


Yek Gong


Lau Kung King. Voir à 3’30”


Patrick Kelly

Enfin, la forme développée en karaté, démontrée ici par le célèbre Me de Karaté Shito ryu Kenei Mabuni : « Nipai po » : 28 Pas…

Difficile de le croire, mais il semblerait que toutes ces formes soient pourtant les mêmes…

Etonnant, non ?

Belle illustration du principe selon lequel : « l’intention guide le Qi ».

Petit cadeau : la forme rapide “Quick fist form” de Taïchi de notre école, telle qu’elle est enseignée par Sifu Hérald Loygue… qui illustre d’une belle façon que relâchement et fluidité peuvent aller de pair avec tranchant et dynamisme.

Pour en savoir plus :

 

 

 

 

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