LES PERCUSSIONS DANS L’ART DU TAICHI

LES PERCUSSIONS DANS L’ART DU TAICHI

 Le 17 avril 2019

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Le manque d’étude du système offensif ou art des percussions est une lacune fort répandue dans l’univers et l’entraînement du Taï Chi Chuan. Pourtant, la forme contient de multiples techniques de percussions : coup de poing, de pied, coude et genou…

Peut on encore de nos jours parler de Taïchi Chuan ou boxe taïchi ?

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Coup de pied “en revers” suivi de coup de poing… Forme des 37 !

Gongfu signifie « l’homme réalisé par la pratique d’un art ». Il parle de la qualité humaine développée dans une pratique, quelle qu’elle soit : florale, culinaire ou martiale… Notre gongfu réside bien dans la capacité à se détendre, à refuser la dureté, à écouter et comprendre l’énergie adverse pour la renverser. L’idée centrale y est de se relaxer (sung) et de rester souple (rou)… Mais pour pouvoir faire face à l’adversité ! Comment un marin pourrait-il concevoir son habileté en restant toujours au port ? Son gongfu doit se confronter aux vents et aux marées… Les meilleures circonstances pour apprendre sont bien celles de la rencontre duelle… Elle fait tomber les masques, les hypocrisies et les ambiguïtés. Platon était lui même pratiquant de Pankratos (pancrace). La philosophie devrait être un art concret.

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coup d’épaule

L’étymologie du caractère « chuan ou quan » (boxe) contient l’idée d’une main qui soupèse, évalue, mesure, la nécessité des choses, des êtres, des évènements… L’étude de la boxe est une histoire sérieuse. “En tant qu’étudiant du Gong fu, nous nous devons d’approfondir l’idée du ‘chuan’ (boxe)” soulignait Me Cheng ! Ce que nous apprenons ici n’est pas à combattre, bien entendu, car l’entraînement au combat n’est pas le combat, et le combat n’est pas la self-défense. Ce que nous apprenons ici est à se débarrasser de notre propre peur…

Si le combat est inévitable, il faut appliquer les principes, les mouvements de la forme en s’appuyant sur la sensibilité développée dans « les mains collantes », bien que le véritable combat se situe en amont, dans la « grandeur du ch’i », la meilleure assurance en cas d’agression  !

Alors pourquoi apprendre à frapper ?

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Me W.C.Chen, élève “indoor” du Me Cheng Man Ching, enseignant les frappes

L’objectif concret des percussions est d’atteindre des cavités ou des zones névralgiques afin d’agir sur le sang, le Qi, les muscles et tendons, os et articulations de l’adversaire afin de le mettre hors d’état de nuire ou de lui faire réviser son projet.

La première raison évidente de l’étude des percussions est la nécessité d’apprendre à se défendre contre elles… La seconde est d’amener un adversaire à se protéger pour mieux neutraliser son attaque, à reconsidérer sa position.

Mais il y en a une troisième… non moins importante pour la pratique : La science des percussions est sans pareille pour nous apprendre le sens de la distance, de l’engagement, de l’esprit de décision, du rythme… Les percussions enseignent le geste juste, le placement juste, obligent au déplacement. C’est au moment de l’apprentissage de base que devrait se faire cette étude.

51Dans les classiques du taïchi, il est dit : “si l’adversaire ne bouge pas, je ne bouge pas mais s’ il bouge, je bouge avant lui”… Cela suppose le développement du sens de l’écoute mais surtout celui de l’anticipation. L’écoute dans notre art, est souvent vécue passivement. Si elle s’étudie dans la lenteur, c’est pour mieux entrer dans un processus de rapidité. Elle est un processus dynamique et non pas statique. Il est ajouté : “s’il bouge doucement je bouge doucement, sil bouge vite je bouge vite également”.

Comme dans toute langue, avec quelques voyelles et consonnes, ce que l’on peut dire est infini, et la maîtrise de la grammaire de base est essentielle… mais pas suffisante : il faut savoir lire entre les lignes et sentir l’intention derrière les mots. Le combat est avant tout un combat d’intention.

Dans l’art du taichi, si nous mettons au départ l’accent sur la rondeur, la spirale plus que sur la ligne droite des percussions, c’est pour éviter que l’étude des percussions prenne le pas sur le travail, plus long à acquérir, de la souplesse et de la rondeur. Mais dans toutes les techniques, les percussions sont inclues, envisagées non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen dans le déroulement de la phrase. Cet apprentissage devrait être étudié à part pour mieux être intégré dans un processus de fluidité par la suite.

La question des percussions ou du travail sur cible avec partenaire, est souvent colorée négativement, qualifiée de violence (tant que l’on a pas sa vie à défendre…)

Mais si l’on étudie les frappes, c’est parce que les principes de mouvement de cet art le supposent en premier lieu : la frappe en Taïchi chuan, est un principe de mouvement où la percussion n’est pas développée en tant que telle, mais dans l’idée d’un mouvement général, et ce principalement pour ‘faire le pont’ avec l’adversaire : prendre contact afin de neutraliser sa racine, son centre et donc sa volition…

55La ritualisation excessive des rapports duels (formes codifiées de tuishou et sanshou) tue le spontané, le vivant, et crée des situations tout à fait artificielles. On pense que la mécanique suffit, mais même dans la boxe occidentale classique, on sait bien qu’à haut niveau, c’est l’intelligence qui domine. Le rythme, la puissance, la vitesse doivent pouvoir changer de façon inattendue dans le travail, pour tester la capacité à s’adapter, coller et suivre, de façon plus réelle.

La pratique libérée ou semi libérée permet de développer la créativité, la spontanéité et la confiance en notre propre capacité à réagir : c’est le chemin de l’autonomie et de la liberté. Elle permet en outre de mettre en évidence un aspect essentiel : celui de l’émotion suscitée par un travail libéré.

Frapper ou ‘se faire frapper’, ouvre une dimension psychologique très intéressante. Elle nous renvoie à ce que nous sommes au delà des savoirs, des éducations. L’étude des arts martiaux met à jour tout cela.

Choisir la paix, l’harmonie, en fermant les yeux sur la réalité de la violence est un leurre.

En conclusion, la pratique des percussions crée un danger réel – entre celui des blessures ou de devenir “un démon” – mais peut être efface-t-elle un danger plus grand encore : celui de s’illusionner sur notre pratique et notre capacité à faire face en évitant ce domaine d’étude.

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