Passages de “grades” dans nos disciplines :
pourquoi et pour quoi ?

Culture

17 juillet 2023

Les passages de niveaux (duan) en Taïchi Chuan et en Qigong…
Par Emmanuel

Dessins : Ludovic Quellien


Ah ! La mythique ceinture noire !

C’était il y a quelques années, le passage très convoité par tout pratiquant d’arts martiaux…

Souvent pris pour une fin, un accomplissement, le “passage de la ceinture noire” était et reste, en fait, une porte d’entrée dans la pratique… Un départ plus qu’une arrivée !

Précisons un peu les choses :

Les niveaux ou “grades” dans les arts martiaux, sont une notion assez récente… L’organisation des arts martiaux et sports de combats contemporrains (à partir du 19ème siècle environ), tout comme celle du sport d’ailleurs, provient en partie de l’organisation militaire… Les niveaux, ou grades se “gagnaient” souvent sur les champs de bataille, où le plus compétent (celui qui survivait, en fait…) grimpait dans la hiérarchie militaire… Fantassin, sergent, puis officier, général… Ils se gagnaient aussi parfois par “ancienneté” et par “courtoisie”… comme encore aujourd’hui !

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Jadis, dans les “méthodes guerrières” (en dehors des écoles militaires), dans la mesure où il s’agissait souvent d’une question de “vie et de mort”, on n’avait que faire des titres, grades et autres distinctions… L’important était d’être compétent, de qualité, dans un maximum de domaines. Les arts “guerriers” étaient souvent enseignés strictement dans le cadre familial. La culture, la fragilité de l’existence, etc… faisaient que certains enseignements restaient secrets et uniquement transmis aux proches. En outre, rares étaient les personnes qui savaient écrire…

Les certificats / reconnaissances ou “titres” martiaux étaient de ce fait peu répandus. Dans les milieux plus cultivés, il existait certes, une sorte de “certificat” ou d’écrit qui permettait au patriarche d’une famille ou d’une école  de décerner une sorte d’attestation de l’enseignement transmis à certains de ses élèves. Cela permettait d’introduire ses élèves auprès d’autres maîtres, et a également permis de préserver et de conserver une trace écrite d’une partie de la transmission de ces arts, de générations en générations.

Peu à peu, avec les temps de Paix, sont arrivés ce que l’on a appelé les “arts martiaux” par opposition aux techniques guerrières…

Devenant une “occupation”, une pratique d’hygiène physique et mentale plus qu’une nécessité, ils ont ainsi évolué.

Certains grands maîtres japonais (Ueshiba, Funakoshi, Kano… pour les plus célèbres) eurent le véritable génie de les transformer en Budo… des voies d’éducation pour tous, des voies de réalisation, voire des voies spirituelles…

Si le principe des Budo est donc désormais de “vaincre l’égo” plus que l’adversaire… A quoi donc pourrait-il bien servir de “passer un grade” ? Un grade en “maîtrise de l’ego” ?

La plupart des budos japonais ont pourtant adopté un système structuré permettant de distinguer les niveaux de pratique…

Au niveau traditionnel, par exemple, on distinguait trois rangs :
Renshi (錬士) : maîtrise extérieure
Kyoshi (教士) : maîtrise intérieure
Hanshi (範士) : maîtrises intérieure et extérieure unifiées

Sacré programme !

Ces 3 niveaux traditionnels étaient au départ uniquement décernés par l’empereur du Japon ou l’un de ses représentant… Peu à peu, le système s’est ouvert et l’on a vu fleurir de plus en plus de renshi, kyoshi et hanshi… y compris en France…

Mais seulement 3 niveaux, c’etait encore trop peu pour le mental humain, avide de reconnaissance !

Aussi, afin que chacun puisse obtenir sa part de récompense, sont arrivés par la suite, les “dan” (ou duan en chinois), du 1er au 10ème, selon les disciplines… 4 ou 6 pour arriver au niveau “renshi”, 3 supplémentaires pour le niveau “Kyoshi” et enfin le 9ème et 10ème dan pour le niveau “Hanshi”…

L’esprit humain étant ce qu’il est… Cela n’était pas encore suffisant… Avant l’étape du 1er duan, différentes subdivisions ont donc été créées pour jalonner la progression du pratiquant : 3 couleurs de ceintures d’abord (dans les arts japonais, blanche, marron, avant d’arriver à la noire pour le 1er dan), puis 6 ou 7 couleurs pour que ça convienne à tout le monde ! Et pour marquer encore des étapes de progression… des barettes sur les ceintures !

Qu’en est-il aujourd’hui pour nos disciplines, Taïchi Chuan et Qigong ?

Dessin de Ludovic Quellien. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation

Comment pourrait-on imaginer des grades et diplômes en “relâchement”, “souplesse” ou en “énergétique” ?
Quel jury pourrait bien juger de la “maîtrise intérieure” d’une personne ?

La fédération nationale de nos disciplines (FFAEMC) a pour rôle de structurer, d’organiser la pratique et de lui donner une cohérence sur tout le territoire… et elle le fait plutôt bien !

Pour ce faire, des jalons (Duan) sont posés, afin que chaque pratiquant ayant un grade, sache à quoi correspond son niveau technique au sein d’une même fédération…

Si rien ne vaut l’approbation de votre professeur pour jauger de votre niveau de pratique, il peut être néanmoins parfois utile d’évaluer celui-ci à l’aune de ce qui se fait à un niveau plus large.

Les niveaux fédéraux sont donc délivrés par des jurys reconnus dans la discipline… et cela permet d’avoir une idée, à un instant “T”, de ce à quoi correspond votre pratique par rapport à un “étalon” académique national.

Ensuite, même si la pratique devrait se suffire à elle-même, cela permet au pratiquant d’avoir, en quelque sorte un objectif, des jalons dans sa pratique (une carotte ?) lui permettant de faire le point, de diriger son énergie vers une étape précise, ce qui peut parfois être très utile, mobilisateur et créer une dynamique…

Le passage de niveau est aussi un examen, une épreuve qui, comme son nom l’indique, vous met en situation d’être “éprouvé”, ce qui est toujours une bonne occasion de progression.

Les rencontres entre pratiquants générées par les passages de grades, sont également de bonnes occasions d’élargir notre vision de la pratique, ce qui ne peut être que bénéfique pour soi, et pour son école !

Au delà de l’instant “T” de l’épreuve du passsage de “Duan”… celui-ci est aussi et surtout le signe d’une reconnaissance du chemin que nous avons découvert et parcouru à travers la pratique… reconnaissance des enseignants qui nous ont mené à cet endroit, et responsabilité de le préserver, de le partager et  de le faire vivre au quotidien à travers un investissement dans la vie de l’école… Car comme nous le rappelle Anlin, “un duan sans l’esprit, c’est un flacon vide !”. Il nous engage, symboliquement, à servir d’exemple pour les autres !

Dessin de Ludovic Quellien. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation

En résumé, il faut savoir laisser à leur bonne place les grades et niveaux de pratique… Ne pas les surestimer, mais ne pas non plus les rejeter catégoriquement… Ce sont des outils, comme tout le reste… Mal utilisés ils deviennent des faire-valoirs sans intérêt, si ce n’est celui de flatter l’égo… Utilisés judicieusement, ils peuvent aussi permettre au pratiquant d’en apprendre plus sur lui-même, ce qui est une occasion à ne jamais manquer !

Nous avons présenté cette saison Morgane et Véronique aux passage de niveau en Qigong et présenterons certains de nos étudiants pour la saison à venir, à différentes épreuves fédérales (Duan et ATT)… 

 

 


 

 

” A rechercher les grades et les rangs…
n’est-on pas qu’un épouvantail affamé
au milieu d’un champ !

Qu’est-ce que la Sainte Vérité ?
Un nuage dans le vent…”

Li Shan

Vacances de Printemps

Les vacances de Printemps auront lieu du 20 avril au 3 mai.

Voici les cours qui sont maintenus durant les vacances : 

  • Qigong et Daoyin :
    Lundi 29 avril 10h15 et
    Lundi 29 avril 12h130 
  • Taïchi : Le cours du Jeudi 25 avril à 19h30
  • Kungfu : le cours du 30 avril à 18h30

Les cours durant les vacances sont ouverts à tous les adhérents, quel que soit le forfait choisi. C’est aussi l’occasion pour les non adhérents de venir faire un cours d’essai gratuit !

Retraite de Printemps de Taïchi : Les inscriptions sont ouvertes !