Les Arts du Taïchi

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Quelques éléments sur le Taïchi de notre famille… Une interview de Me Koh Ah Tee

En cette période de “Vacance”, voici une petite lecture qui vous en apprendra un peu plus sur le Taïchi de notre famille, et son Maïtre, Cheng Man Ching…

Elle est issue d’une interview à propos de l’enseignement de Cheng Man-Ching, du Maître KOH AH TEE (élève du Me Cheng), faite par Nigel Sutton de l’Association d’Arts Martiaux Traditionnels Chinois Zhong Ding.

Bonne lecture, et remerciements à Francis & Ludovic pour leur aide dans la traduction de ce long texte !


Le Taijiquan du Me Cheng Man Ching est une école à part entière, tout comme le style Yang. La première raison, et la plus évidente, est que si le vieil homme lui-même ne le pensait pas, il n’aurait jamais permis que l’on intitule son livre « Les Treize Traités du Tai Chi Chuan du Me Cheng Man Ching. Une maison d’édition aurait-elle pu publier un livre dont le titre n’aurait pas reçu l’aval de son l’auteur ? S’il n’avait pas approuvé ce titre, ainsi que l’association de son nom avec le taijiquan qu’il décrivait, pourquoi ce titre aurait-il été utilisé ? C’est la raison la plus élémentaire. »

Cheng Man Ching lui même pensait que son art était différent de celui de la famille Yang. Mais pour en revenir aux raisons pour lesquelles le style Cheng est différent du style Yang, observons simplement ce qu’en pensent les défenseurs du style Yang. La plupart d’entre eux n’admettent pas que la forme du Me Cheng ait un quelconque lien légitime avec le style Yang. Ceci est très important : Ceci très important : le style Yang refuse de voir la moindre parenté avec le style Cheng.

Le fait que le Me Cheng Man Ching ait affirmé à plusieurs reprises que son habileté dans l’art du Taiji lui venait de son apprentissage avec le Me Yang Chengfu, est un exemple du sens de la politesse chinois, une marque de respect d’un étudiant envers son professeur, de la jeune génération envers l’ancienne. Ce vieux gentleman ne pouvait pas renier ses racines. Pour rester en accord avec le sens de la courtoisie chinoise, et les traditions en cours dans le monde des arts martiaux chinois, il ne pouvait pas dire qu’il avait créé son propre style. Il a toujours affirmé que sa qualité lui venait de la famille Yang et qu’il pratiquait ce style, mais nous en sommes déjà à la troisième génération d’étudiants du style Cheng. Nous pouvons très clairement voir quelles sont les différences entre l’art du grand maître Cheng et celui de la famille Yang.

Prenons l’exemple de la « Main de la Jolie Dame », le style Yang n’en parle pas. “Le balancement et le mouvement” : où ceci est-il mentionné dans les enseignements de la famille Yang ?

Regardons de quelle façon est pratiquée la forme dans le style Yang. On y accorde peu d’attention à l’écartement des pieds, souvent inférieur à une largeur d’épaule. Cependant dans le style Cheng, ce point est considéré comme très important, non seulement pour aider le pratiquant à se détendre mais également pour utiliser la taille autant que possible afin de distinguer le substantiel et l’insubstantiel.

De plus, dans le style Yang, les mouvements du pied arrière se font en tournant sur la balle du pied, alors que dans le style Cheng, nous pivotons sur le talon. Quand ils ouvrent le pied avant pour avancer, ils le font alors que le poids est encore sur cette jambe, tandis que dans le style Cheng, nous passons le poids sur la jambe arrière avant de tourner le pied avant.

Comparez des photos de Yang Chengfu faisant la forme et celles du Me Cheng. Vous verrez non seulement que Yang est légèrement penché vers l’avant à partir de la taille, mais également que sa jambe arrière est presque complètement tendue. Grand Maître Cheng, au contraire, montre une posture droite, et le genou de la jambe arrière reste fléchi et détendu.

Bien que dans le style Yang, on trouve également le principe du dos arrondi et de la poitrine creusée, nombre d’experts du style Yang que j’ai vu, ont la poitrine moins creusée que ce qui est requis dans le style Cheng. L’accent est peut-être mis ailleurs.

La meilleure façon de décrire cette différence dans les apparences serait de dire que le style Yang est plus extraverti, alors que le style Cheng est plus introverti. Je ne fais pas référence ici à l’interne et à l’externe, comme dans les écoles d’arts martiaux, mais plutôt à la qualité de leur apparence.

« Le style Yang laisse transparaître ce sentiment de ‘qi tueur’, d’un art martial qui inspire le danger. Un regard extérieur peut deviner les applications des mouvements simplement en regardant la forme. Le style Cheng est plus introverti, presque timide. Vu de l’extérieur, il paraît très simple. En fait, quand on le regarde, on pourrait penser que sa pratique ne nécessite pas de véritable gong fu. Pourtant, tout le gong fu du style Cheng est à l’intérieur, il n’est pas manifesté de façon spectaculaire. L’intérieur est entraîné afin que, ultimement, il influe sur l’extérieur. Le changement s’opère de l’intérieur vers l’extérieur.

Le Taijiquan Cheng est-il un style distinct, à part entière ?

Ceux qui ont entrepris des recherches approfondies sur le sujet affirmeront avec certitude que le style Yang est le style Yang et que le style Cheng est le style Cheng. Pourtant, nous ne pouvons pas ignorer ou faire abstraction du fait que Cheng Man Ching s’est formé dans le style de la famille Yang. Son art a puisé ses origines dans celui de la famille Yang, comme Yang Luchan le fit avec celui de la famille Chen. Les gens et les choses cependant, évoluent. Peu importe que nous parlions d’art martial ou de quoi que ce soit d’autre, il faut aller de l’avant, progresser, non pas reculer. Même rester statique est une forme de recul.

Le fait que le maître Cheng Man Ching répétait souvent qu’il n’avait pas la moitié des qualités de Yang Chengfu était une marque de respect. C’est notre politesse traditionnelle typiquement chinoise. C’est de cette façon que tout chinois se serait exprimé, avec politesse et humilité. Personne, dans cette situation, n’oserait prétendre que sa propre méthode simplifiée est meilleure. Le maître Cheng était donc soucieux de promouvoir l’art du Taijiquan sans manquer de respect envers la famille Yang.

C’est pourquoi il ne pouvait pas déclarer que son art était différent de celui que la famille Yang lui avait appris. Mais nous, la troisième génération, nous avons de bonnes raisons d’affirmer que le style Cheng est différent du style Yang. Il y a une phrase que le maître Cheng aimait répéter: “le Taijiquan, n’est ni le mien, ni celui de mon professeur. Le Taijiquan nous a été transmis depuis nos ancêtres.

Que voulait-il dire par là ? Il voulait montrer que l’art n’est pas la création d’une personne seule. Ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Taijiquan est quelque chose qui a évolué de générations en générations. Le vieux gentleman disait que l’art n’était ni le sien, ni celui de son professeur, ni celui du professeur de son professeur… Pour bien comprendre le Taijiquan, nous devons faire preuve d’un esprit tout à fait ouvert. Nous ne pouvons pas rester figés sur nos opinions tranchées.

“Je pense que c’est ainsi, alors c’est ainsi !” Ce genre d’attitude ne peut pas nous aider dans nos recherches. En progressant dans l’art du taijiquan, nous constatons en permanence que plus nous pensons pénétrer le coeur même de l’art, plus nous réalisons que nous en sommes encore loin.

Si vous pensez que votre compréhension de l’art est très bonne, vous êtes comme une grenouille au fond d’un puits qui pense que ce qu’elle voit est le monde entier !

Cheng Man Ching est issu de la culture chinoise la plus raffinée. Son Taijiquan ne provient pas d’une seule source. Il a inclus différents aspects et éléments de la culture chinoise dans sa compréhension de l’art.

Pour dire les choses plus simplement et de façon moins policée : Yang Chenfu ne fut pas le seul professeur  du Me Cheng Man Ching. Oui, nous pouvons affirmer que Me Cheng a appris son Taijiquan auprès de Yang Chengfu, ce n’est pas faux, mais son Nei Gong lui vient de Zhang Qinglin, et beaucoup d’autres choses lui viennent  d’autres professeurs, ceci pour conclure que le Taijiquan du Me Cheng ne provient pas d’une seule source.

Concernant le Nei Gong, certaines personnes prétendent que Cheng ne l’a jamais enseigné, alors que d’autres affirment le contraire. Cela s’explique par le fait que le Grand Maître Cheng enseignait seulement certaines points à certains étudiants. Il n’enseignait pas à n’importe qui, tout simplement. Un autre point est que son enchaînement de Nei Gong n’est pas facile à apprendre. Il est subtil et difficile d’accès pour l’étudiant moyen. Comme le vieux gentleman ne prodiguait pas les mêmes enseignements à tous ces étudiants, il y a ceux qui prétendent qu’il ne l’a jamais enseigné et ceux qui disent le contraire. Il ne l’a pas enseigné à tout le monde, mais il est certain que cet enchaînement vient de lui. La preuve en est cette calligraphie qu’il a peinte, où il détaille sa généalogie, de Zhang Sanfeng, Xu Shihui, Zuo Laifeng, jusqu’à Zhang Qinlin. Ceci est documenté. Pourquoi se décrirait-il comme issu de cette lignée, s’il n’en pratiquait pas l’art ?

Bien que la méthode de Zuo Laifeng et son Tai Chi Chuan étaient deux choses distinctes, comme l’ont affirmé à la fois Lo Bengzhen et Wang Yennian, le Grand Maître Cheng a créé une connexion entre les deux. Il l’affirme dans l’un de ses ouvrages, précisant qu’il n’avait pas compris la différence entre “jing” et “li”, avant d’avoir reçu la transmission héritée de Zuo. Ceci, même si la citation du Me Cheng décrivant que “li” vient des os, et “jing” des tendons, est bien un enseignement de la famille Yang. Malgré cela, la preuve est faite que le maître a établis un lien entre sa connaissance issue de la lignée de Zuo Laifeng et le Taijiquan, et a fait appel à l’un pour éclairer l’autre.

Du fait qu’il ait intégré toutes ses connaissances et qu’il les ait distillées dans sa forme des 37 postures, nous pouvons affirmer qu’il est bien le fondateur de la méthode “Cheng” de taijiquan.

Quelles sont les caractéristiques propres à cette méthode ? laissez moi vous les répéter :

La main de la jolie dame, la rotation du pied arrière sur le talon et non sur la balle du pied, un accent d’avantage mis sur des mouvements qui facilitent la circulation du Qi, et moins sur les applications techniques. Ce dernier point montre une évolution par rapport à ses premiers enseignements qui incluaient plus d’explications des applications. A l’époque où il écrivit “La nouvelle méthode d’apprentissage personnel du Taijiquan selon Maître Cheng”, au sujet des applications, le maître en était arrivé au niveau du “sans forme”.

Dans la période qui suivit, le Taijiquan du grand maître Cheng a suivi la voie taoïste naturelle. C’était normal/naturel.

Dans la période de sa jeunesse, ses mouvements étaient plus grands, plus ouverts, ses poignets plus cassés, il y avait une puissance manifestée de façon plus extérieure au niveau de ses paumes. Mais au fur et à mesure que sa forme devenait plus naturelle, tout devenait plus subtil, les poignets naturellement alignés, les cercles plus petits.

Il insista sur l’importance de “la main de la jolie dame”, à la fois pour favoriser la circulation du Qi et pour aider les étudiants à ressentir le Qi jusqu’au bout des doigts.

Le vieux gentleman insista également sur le concept de “Dong Dang” selon lequel l’élan imprimé par chaque mouvement se poursuit dans le mouvement suivant.

Chaque mouvement arrivé à sa fin, produit un balancement, qui est transmis au mouvement suivant. La force motrice de ce mouvement est le Qi dans le dantian, d’où la nécessité de toujours faire descendre le Qi au dantian.

Un autre point important dans le Taijiquan style Cheng, est l’enracinement au niveau du point Yongchuan. Le maître disait que si l’on ne s’enracine pas à partir de Yongchuan, on pourrait s’entraîner jusqu’ à sa mort sans pour autant avoir rien accompli (les treize traités de Maître Cheng sur le Taijiquan).

Prenons l’exemple d’un mouvement où la différence est évidente: “reculer d’un pas et repousser le singe”. Maître Cheng était intransigeant sur le fait que les pieds doivent être parallèles, les doigts de pieds dirigés vers l’avant. Dans le style Yang, les doigts du pied arrière pointent vers l’extérieur. Maître Cheng enseignait le mouvement de cette façon pour mettre en exergue la meilleure circulation du Qi. Quand Il faisait référence à ce point, il disait qu’il renfermait un secret que seul ceux qui le connaissaient pouvaient comprendre.

Le style Cheng, au niveau de l’apparence extérieure comme de l’ état d’esprit, dégage quelque chose de beaucoup plus “Song” que le style Yang. Pourtant, Yang Chengfu est connu pour avoir répété encore et encore à ses étudiants de se détendre, de relâcher… Mais qui a fait mention de ce point? Le maître Cheng Man Ching. Donc, nous ne pouvons pas être sûrs que ce furent les mots de Yang Chengfu lui même ou des mots qui lui ont été attribués par le maître Cheng. Nous ne pourrons jamais le savoir.

L’importance encore plus forte donnée au principe “Song” doit vraisemblablement venir de l’héritage de Zuo Laifeng, car le vieux gentleman disait que c’est grâce au Nei Gong qu’il avait pu comprendre la différence entre “jing” et “li”, et ceci est certainement lié à la compréhension profonde de “Song”. Il l’écrivit vers la fin de sa vie et ajouta même que son ami Chen Weiming, son “grand frère” de pratique, n’avait lui même pas compris cela. Que maître Cheng ait osé ouvertement affirmer cela et émettre une critique à l’égard d’un aîné, montre à quel point son art avait évolué à cette période de sa vie.

Bien que le maître Cheng ait reçu l’ensemble des enseignements de la famille Yang, il n’ enseigna lui même que l’épée, pas la lance, ni le sabre. Ceci parce que l’épée est la reine des armes. C’est l’arme des lettrés, des gentlemen. De plus, l’épée a une signification particulière dans la tradition Taoïste. Depuis l’époque de Zhang Sanfeng et les premiers pas de l’école des monts Wudang, l’épée a toujours été associée aux pratiques Taoïstes. L’épée de Wudang est célèbre.

Le vieux gentleman pris le travail à l’épée qu’il avait appris auprès de la famille Yang et le transforma, l’amena vers  quelque chose de plus naturel. Encore une fois, comme pour la forme à main nue, les mouvements devinrent plus internes, plus subtils. Il développa également la pratique du tuishou à l’épée.

Il y a une controverse à propos du fait que maître Cheng ait pu enseigner certains aspects de son art à certains disciples et pas à d’autres. Mais le vieux gentleman considérait l’art du Taijiquan comme une forme d’accomplissement de l’être et de ce fait, je ne pense pas qu’il ait pu avoir ses favoris, à qu’il aurait enseigné des secrets qu’il n’aurait pas révélés à d’autres. Mais il sélectionnait les élèves à qui il enseignait. Pourquoi ? Parce qu’il choisissait ceux qui avait le plus de potentiel, qui étaient prêt à recevoir ce qu’il enseignait. Ceci pour lui éviter de perdre son temps. Je suis certain, et c’est mon opinion, que le maître choisissait ceux avec qui il allait passer plus de temps à enseigner.

Le Taijiquan est un art martial Taoïste. Mais pas un folklore lié aux esprits et aux superstitions. Nous parlons du Tao selon Laozi et Kongzi, d’un Taoïsme philosophique.

Maître Cheng disait que le Taijiquan puisait ses origines dans le Taoïsme, le Confucianisme, et le Bouddhisme, pas uniquement de l’un ou de l’autre. Soixante pour cent de Kongzi, trente pour cent de Laozi et dix pour cent du bouddhisme.

Le taijiquan reprend et regroupe les meilleurs aspects de la culture chinoise authentique.

L’un des principes Taoïste les plus évidents dans le Taijiquan du Maître Cheng est l’importance qu’il donna à la devise “investir dans la perte”. “Investir dans la perte” signifie que l’étudiant doit faire confiance à “Song” et écarter toute dureté. Il est important, toutefois, de tenir compte de l’ensemble de ses enseignements. On ne peut pas tout résumer à “investir dans la perte”. Le maître disait que l’on investit dans la perte dans le but de faire un autre profit. Plus l’investissement dans la perte est grand, plus le profit l’est également. Plus l’investissement est petit, plus le résultat est insignifiant.

Dans la pratique, cela signifie ne pas avoir peur de se laisser attaquer, de juste se reposer sur “Song”. C’est mettre la philosophie Taoïste en pratique. C’est le “Wu Wei” de Laozi, le non agir triomphant de l’agir.

Il faut être clair : le but derrière “investir dans la perte” est bien au final d’obtenir un profit, pas simplement de perdre pour perdre. Suivre l’adversaire jusqu’à ce qu’il se mette lui même en échec.

Bien que, comme je le disais précédemment, il y a ceux qui pensent que le maître a enseigné des choses différentes selon les personnes, certains prétendant même qu’il n’aurait rien enseigné à ses élèves américains, je pense personnellement que son enseignement était plus ou moins le même. Le problème serait plutôt : qui comprenait le mieux son enseignement ? Peut être qu’une partie de ses étudiants comprenaient mieux que d’autres, voilà le problème. La question n’est pas où a-t-il enseigné quoi, mais bien plutôt qui a compris quoi.

Par exemple, les Taïwanais, qui avaient une éducation chinoise, comprenaient ses mots directement. Aux Etats Unis, il s’adressait à des personnes dont la langue maternelle était l’anglais et il avait donc besoin d’un interprète. Mais ce problème n’est pas aussi simple qu’il paraît au premier abord : Les étudiants chinois, en entendant et en comprenant ses mots, pouvaient penser qu’ils avaient tout de suite compris ce que le maître essayait de leur enseigner. Pas besoin de réfléchir à propos de ce qu’il était en train de dire, ou de chercher la signification que cela avait. Au contraire, les étudiants étrangers, ne comprenant pas immédiatement le sens de ce qui venait d’être dit, devaient poser des questions, encore et encore, jusqu’à ce qu’ils comprennent clairement ce qui leur était expliqué. La différence entre comprendre les mots et connaître leur signification réelle est grande, en particulier quand il est question d’un sujet aussi profond que le Taijiquan, et encore plus quand il est présenté par un maître qui en possède une compréhension si approfondie.

Les étrangers n’acceptent pas les choses comme les chinois, ils veulent poser des questions, examiner, expérimenter. De part ma propre expérience d’enseignant, je confirme ce point de vue. Beaucoup d’étudiants chinois écoutent ce que vous dites, se disent qu’ils ont compris et ne se posent pas plus de question sur le sujet. Les étrangers sont différents. Ils vous écoutent puis se demandent si ce que vous dites est vrai, si ce que vous leur avez dit peut être appliqué. Alors ils posent des questions, ensuite ils essayent de voir par eux-mêmes.

Par exemple, les étudiants étrangers demandent toujours : comment utiliser un poing “song” pour frapper quelqu’un ? Ils veulent qu’on leur en fasse la preuve. Ils veulent goûter avant de parler du goût. Les étudiants chinois, le plus souvent, acceptent simplement et pensent qu’ils connaîtront le goût sans même goûter la nourriture.

Alors, peut être que ceux qui ont entendu et compris les paroles du maître Cheng n’en ont pas saisi la signification aussi bien que ces étrangers, qui ne les ont pas comprises tout de suite, mais qui ont dû poser des questions et faire leur propre expérience, avant de réellement comprendre. C’est mon sentiment personnel à propos de ce qu’il a enseigné et de ce qui a été compris.

Pour en revenir à la comparaison de la méthode Cheng avec celle de la famille Yang, alors que les mouvements paraissent être les mêmes, la principale différence est que le style Cheng ne ressemble pas à une forme d’art martial. Il parait très simple. Comme si sa pratique ne nécessitait aucune technique particulière. On pourrait passer à côté sans rien remarquer. C’est comme quand on commence à apprendre à conduire, on doit faire très attention jusque dans ses moindres gestes et être attentif à tout ce qui se passe autour. Avec le temps, cependant, tout devient plus naturel. C’est ainsi que l’on peut décrire le Taijiquan du maître Cheng : naturel. Il n’y a rien à voir, rien de spectaculaire. Le maître Cheng disait que le Taijiquan c’était comme nager dans l’air. Ce n’est pas un concept présent dans l’enseignement du style Yang de sentir l’air devenir dense comme le métal.

Le style Yang est différent. Il est plus démonstratif. Un pratiquant déroulant la forme attire les regards. Sa capacité technique est plus flagrante, et on s’arrête pour regarder. Après quoi, tout le monde applaudit fortement, mais si vous voyez le style Cheng être pratiqué correctement, il n’y aura aucun applaudissement. Des personnes ne connaissant rien au Taijiquan, qui compareraient le style Yang avec le style Cheng, penseront d’emblée que le style Yang est un art martial supérieur. Le style Cheng donnera plus l’impression qu’il ne permettrait même pas d’écraser une fourmi.

Ce que le maître Cheng a développé est une méthode réellement interne. Ouvrez son livre “la nouvelle méthode d’apprentissage personnel”. Il fut publié en 1970, je crois, ce qui veut dire qu’il avait pu affiner son art pendant 20 ans entre la publication de ses treize traités et ce travail. Si ce qu’il avait à enseigner était toujours le style Yang, quel intérêt y aurait-il eu à sortir ce livre. De même, pourquoi avoir publié les treize traités ? L a famille Yang avait déjà publié des ouvrages traitant de leur art. En fait, certaines personnes disent que le maître Cheng était responsable de l’écriture de l’un des livres de Yang Chengfu. Etait-ce suffisant ?

La méthode Cheng ressemble au style Yang en surface, mais à la lumière d’une pratique et de recherches en profondeur, il devient évident que la dimension interne est différente. Il est possible de copier la forme extérieure sans en pénétrer l’essence interne, et c’est pourtant tout ce dont il est question en ce qui concerne le style Cheng.

Un autre point est que si sa méthode était identique à celle de la famille Yang, quelle nécessité y avait-il de demander à Chen Weiming d’écrire la préface de son ouvrage ?

Je sais que beaucoup de mes aînés dans le monde des arts martiaux, y compris Huang Hsinghsian, ont dit et continuent d’affirmer qu’il n’y a que le style Yang et que la méthode du maître Cheng n’apporte rien de différent. Cette opinion est liée à leur propre degré de développement et de recherche. Récemment, quelques anciens élèves du maître Huang me demandèrent de leur exposer les différences entre les deux styles, et je leur ai présenté tous les points dont je vous ai parlé. Ils n’eurent rien à ajouter.

Le tuishou du maître Cheng est également différent de celui du style Yang. ll suffit de voir le “si zheng tui”. Dans le style Cheng, le schéma est plus horizontal, avec une expression plus claire de chacune des quatre forces, “peng, lu, ji, an”. Malgré cela, dans le tui shou du maître Cheng, l’accent est d’avantage mis sur le principe que sur la forme.

Que penser alors de la thèse qui soutient que les changements que le maître a apporté plus tard dans sa vie étaient dus au fait qu’il avait atteint les plus hauts degrés d’habileté dans le style Yang ?Les différences entre sa forme et celles d’autres représentants du style Yang refléteraient d’un côté, le haut niveau du maître et de l’autre, l’échec de ses confrères à atteindre ce même niveau.

Laissez moi vous dire qu’au commencement, aucun livre, aucune publication sur le style Yang ne mentionnait le nom de Cheng Man Ching comme ayant un quelconque lien avec la famille Yang. Il n’était pas encore connu, bien qu’il ait déjà élaboré sa forme des 37 postures. Plus tard, alors qu’il était déjà devenu célèbre, la famille Yang commença à le présenter comme l’un des leurs. Quand Yang Zhenduo vint à Singapour, il déclara que Cheng était son “grand frère.”

Plus récemment, un article est sorti dans un journal sur les arts martiaux de Chine continentale, à propos du Taijiquan de Me Cheng (Hai Wai He Lin 1990). Dans cette article il était question du rôle du maître Cheng dans l’édification de sa propre méthode de Taijiquan. Ainsi, même en Chine, il est reconnu que le style Cheng est différent de celui de la famille Yang. Comme il en est fait mention dans cet article, la forme des 37 postures du maître Cheng a maintenant à peu près 60 ans d’histoire.

L’article souligne le fait que beaucoup des meilleures élèves du maître Cheng étaient déjà des experts en arts martiaux externes. Par exemple, Huang Hsinghsian était un expert de Grue blanche. Ji Hongbing était expert en Bagua et en Xingyi. L’article relate également comment Cheng Man Ching croisa le fer avec un expert français d’escrime. Ce français avait remporté plusieurs trophées dans l’art de l’escrime. On conseilla au maître Cheng de décliner le défi, car beaucoup pensaient que l’épée du Taijiquan ne pouvait pas rivaliser avec l’escrime occidentale. Cependant, le maître Cheng insista, il n’avait pas peur. La première fois que leurs épées se croisèrent, le maître le coupa au niveau du poignet. La seconde fois, il plaça la pointe de son épée sur le coeur de son adversaire, et la troisième fois il sortit encore vainqueur. Le champion français fut très impressionné. C’est là tout ce que l’article de ce magazine rapportait.

Quand j’ai discuté avec Huang Hsinghsian à propos de ses séances d’entraînements avec le maître Cheng, il m’expliqua que le vieux gentleman n’aimait pas que ses élèves utilisent son nom quand ils commençaient à enseigner. Mais pourquoi donc, me demandais-je? Etait-ce parce que beaucoup de ses élèves mélangeaient leurs propres idées aux enseignements du maître Cheng ? Etait-ce parce qu’aucun d’eux n’était à la hauteur de ses attentes ?

Si vous recherchez le véritable art du maître Cheng, votre appréciation sera le reflet de votre niveau de pratique. Un élève de taijiquan débutant, ou un élève plus avancé, verront les choses selon leur niveau. Plus vous apprenez, plus l’art s’approfondi…

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