Influence des arts martiaux asiatiques sur la boxe occidentale… « pinces de la mante, dents du tigre, ou corne du rhinocéros »…
Actualités | Kungfu
7 avril 2025
Le saviez-vous ?
Les arts martiaux du sud-est asiatique ont grandement influencé la boxe occidentale, allant jusqu’à la transformer… Et ces arts martiaux, comme l’arnis, le kali-eskrima ou le Muay boran (boxe thaïlandaise traditionnelle) on bien entendu bénéficié de fortes influences des pratiques martiales chinoise…
Un peu d’histoire…
Les arts martiaux, qu’ils soient asiatiques ou occidentaux, ont chacun des origines millénaires : le pugilat, le pancrace, étaient pratiqués en occident bien avant notre ère. De même, les premiers traités de Chine ancienne qui évoquent des techniques proches des arts martiaux, sont très anciens… Bien qu’il y ait eu quelques spéculations selon lesquelles les arts grecs pourraient être à l’origine de certains principes de combat asiatiques, les preuves les plus solides suggèrent que c’est l’Inde qui fut le lieu originel (voir l’histoire de Boddidharma, arts internes vs arts externes, etc…). Ainsi, se répandant vers le nord, en Chine, à travers l’Himalaya, les arts martiaux indiens ont évolué vers ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « Chuan fa », Voies du poing chinoises. Dans le même temps, comme nous l’avons déjà évoqué dans notre précédent article sur le « Bian gan« , les marins, les marchands et les commerçants chinois ont apporté avec eux, leur connaissance des arts de la guerre vers le sud, à travers l’empire Mahajapayit, une vaste chaîne d’îles composée de l’Indonésie, de la Thaïlande, de la Birmanie et des Philippines modernes.
Le pugilat occidental a évolué de la même manière. La culture grecque a eu une profonde influence sur les Romains, qui ont conquis le monde connu. Le combat au corps à corps était régulièrement pratiqué par les soldats et les gladiateurs, qui devaient savoir comment rester au combat lorsqu’ils étaient désarmés.
C’est ainsi qu’est né, peu à peu le « noble art », la boxe occidentale…
L’un des principaux lieux de « jonction » des deux cultures et des deux arts, celui d’Orient et celui d’Occident, fut sans conteste l’archipel d’Hawaï, au début du 20ème siècle… A l’époque, l’île était à la croisée des cultures, véritable « melting pot » ethnique.
Au fil des bagarres, des combats, dans un milieu hostile avec bien peu de lois, de règles, s’est peu à peu forgée une forme particulière de boxe, inspirée de l’usage des armes dans les arts martiaux asiatiques, qu’ils soient birmans, thaï ou philippins…
« Les dents du tigre » ou « griffes de la mante »
L’un des témoins de cette époque est un maître philippin Lucky Lucaylucay (père de Ted Lucay Lucay, qui est l’un des maîtres de la filiation de notre école, pour la branche « Eskrima »). Voici son témoignage (Source : FMA Pulse) :
« Je me souviens, il y avait deux types de boxeurs à Hawaï dans les années 20 », raconte-t-il. « Il y avait les Américains, qui tenaient leurs poings en biais, utilisaient le jeu de jambes, le balancement et le « tissage », ainsi que le mouvement continu dans leurs techniques au lieu de simplement « échanger des coups ».
« Le style de boxe anglais perdait presque toujours face au style philippin. C’était juste beaucoup plus sophistiqué.
Lucky soutient que le style philippin de boxe est un dérivé direct du pananh-kan philippin (pugilat). « Les arts philippins commencent à s’entraîner avec des armes parce qu’il est plus probable que vous soyez attaqué avec des armes. Les mouvements à mains nues proviennent de mouvements d’armes. Dans le cas de la boxe, les mouvements de la main proviennent des mouvements du poignard.
« Aux Philippines, la méthode préférée pour le combat au couteau est d’avoir la lame pointée vers le bas. (cf : « Dents du tigre »). Si votre pratique est basée uniquement sur des mains vides, vous pouvez vous permettre de prendre des coups de poing, donc votre stratégie est parfois de courir le risque de prendre un coup de poing. D’un autre côté, si votre pratique est basée sur le combat au couteau, vous devez devenir beaucoup plus sophistiqué avec votre jeu de jambes, vos esquives et frappes, car un faux mouvement peut signifier la mort.
Hérald Loygue avec Guro Inosanto – 1994
« La boxe philippine est exactement comme le combat au couteau, sauf qu’au lieu de couper avec une lame, nous frappons avec un poing fermé. Il doit y avoir quelques modifications. Par exemple, vous avez besoin de plus de puissance pour frapper avec le poing, alors nous nous tenons en garde rapprochée et utilisons un mouvement de fouet pour fournir de la puissance.
« Si vous regardez l’ancienne méthode anglaise de boxe, il n’y avait pas de blocage », dit Lucky. « Il n’y a aucun contrôle. J’avais l’habitude de regarder mon père et Kid Moro (un champion de boxe philippin) se battre, et leur contrôle était si superbe qu’ils avaient l’habitude de s’entraîner sans gants, d’utiliser des coups à pleine puissance, et ils pouvaient s’arrêter d’une fraction de pouce avant qu’un coup n’entre en contact. Il n’y a jamais eu de blessure.
Pancho Villa
Selon ce qu’a rapporté Guro Inosanto à notre professeur, les victoires remportées grâce à ces nouvelles techniques venues d’asie ont finalement transformé la boxe, et le précuseur de cette nouvelle façon de boxer est un combattant philippin : « Pancho Villa », de son vrai nom « Francisco Villaruel Guilledo », premier Asiatique à remporter un titre mondial de boxe en 1923, en décrochant le championnat du monde des poids mouches. Mort prématurément d’une infection dentaire à 23 ans, c’est le style de combat de Villa, caractérisé par une garde haute et une approche agressive, qui reflète de façon emblématique l’influence des arts martiaux philippins. Son succès international a non seulement ouvert la voie à d’autres boxeurs asiatiques, mais a également contribué à la reconnaissance mondiale des techniques de combat du sud est asiatique.
Elles ont en effet transformé la boxe à plusieurs niveaux :
Garde caractéristique du Muay Thaï
La prise de garde – c’est-à-dire la manière dont un boxeur positionne ses mains et ses bras pour se défendre et contre-attaquer : les premières formes de boxe occidentale utilisaient une garde plus basse, les mains étant placées près de la ceinture. L’influence des arts martiaux philippins et thaïlandais a contribué à transformer cette posture en une garde plus haute, protégeant davantage le visage et le menton et permettant des contre-attaques rapides.
« Coup de poing du buffle » sur Tai yang issu du muay boran et du Tang Lang
Certaines frappes : Certains boxeurs philippins ont intégré ces principes à leur pratique : Ceferino Garcia est souvent crédité de l’invention du « bolo punch » – un coup de poing puissant issu de techniques utilisées dans la coupe de canne à sucre – illustrant l’influence de la technique de coupe, dérivée du maniement du couteau dans les arts martiaux philippins. Dans le muay boran (l’art traditionnel thaïlandais), on retrouve de nombreuses techniques issues de ces arts (« cornes de rhinocéros » : consiste à rentrer dans la garde avec le coude, ou de percuter le membre qui attaque avec le coude).
« Corne de rhinocéros du muay boran » sur Hun men »
Le « jeu de jambes » issu des déplacements en « triangle » des arts martiaux philippins : Gabriel “Flash” Elorde, champion du super-piuma, a appris le Balintawak Eskrima dès son plus jeune âge auprès de son père, ce qui a contribué à développer un jeu de jambes agile et une garde haute. Son style a influencé de nombreux boxeurs occidentaux, certains d’entre eux comme le célèbre Muhammad Ali, qui, selon certaines anecdotes, a observé et adapté des éléments de ce style.
Manny Pacquiao, actuel quintuple champion du monde dans différentes catégories, a lui-même intégré des principes issus du Panantukan – un système qui privilégie une garde haute, des esquives dynamiques et une coordination précise entre la défense et l’attaque – pour maximiser sa vitesse et sa protection. Son style de combat est souvent cité comme un exemple moderne de l’influence des arts martiaux philippins sur la boxe.
Frapper est comme couper avec une dague
Les arts martiaux chinois, qu’il s’agisse du Tang Lang Quan, de la boxe de la grue (Bai He Chuan) et bien d’autres encore, ont eu une influence importante sur les arts martiaux du Sud est asiatique.
De nombreux exercices et techniques à mains nues du Tang Lang Quan en général (… et du nôtre en particulier 😉 !), sont issus de la pratique avec armes, notamment les dagues saisies pointes en bas, en « dents de tigre ». La garde emblématique du Tang Lang Quan, par exemple (les griffes de la mante), est elle-même issue du maniement des dagues… L’exercice de mains collantes « Gou lou cai » en est également directement inspiré, comme déjà évoqué dans nos articles. Cela est d’ailleurs tout à fait logique, car les arts martiaux ont historiquement d’abod été pratiqués avec armes, avant d’être formalisés à mains nues. Il fallait trouver un moyen de se défendre en cas de perte de l’arme, et bien évidemment, les techniques à mains nues sont nées des principes déjà utilisés avec des armes.
Voici quelques images d’entraînement souple de notre système défensif…
Le travail libre mais souple, non conventionnel, en restant « au feu », permet de valider les acquis et de peaufiner la technique. Garde haute issue des « dents du tigre », frappes spécifiques, « bolo punch », « cornes de rhinocéros »… Ce travail souple, en confiance permet de tester ce qui fonctionne, en variant les rythmes, la vitesse, l’intensité…
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