Le Chuan du Taïchi (suite…)

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2020-01-28_10h50_13

Article publié le :
19 novembre 2020

Par Marc – Etudiant à Lishan depuis une vingtaine d’années


Educateur spécialisé, je travaille, depuis 1984, auprès d’adolescents difficiles (c’est un euphémisme, comme vous allez le voir). Autant vous dire que, dans ce travail, le “rester calme et détendu quoiqu’il advienne” n’est pas une simple coquetterie de langage. C’est parfois très “tendance” de se draper dans du pseudo-orientalisme… Dans ce travail, c’est une réalité éprouvée dans tout votre être; une posture dont le maintien, très difficile et sans cesse attaqué, n’est jamais acquis; une posture tellement efficiente cependant quand on peut la tenir.

Ce soir-là, je travaille sur le groupe d’internat. Comme toujours, nous sommes deux à assurer l’encadrement. Le jeune B….est présent. Ce jeune suit un traitement médicamenteux (du RISPERIDONE) censé réguler ses humeurs…des humeurs qui, quand elles l’envahissent, le poussent à des violences qui visent autant le mobilier que les personnes. Nous en avons souvent fait la dure expérience. Or ce soir-là, nous sommes vigilants : notre garçon est dans une agitation faite d’hilarité, d’euphorie malsaine, de provocations. Nous connaissons bien ses signes souvent annonciateurs. Il se promène torse-nu dans les parties communes de la maison et monte en pression quand mon collègue lui demande de se vêtir. Des mots, il en vient aux mains quasi-simultanément, comme à chaque fois. D…mon collègue parvient à l’amener au sol et le maintien. Dans notre jargon on dit une “contention”. D…a pratiqué le judo, ainsi que le rugby. Il a la trentaine et accuse les 100 kgs. Le jeune, dont les quatre membres sont toutefois restés libres, parvient donc à frapper D…de multiples fois au corps et au visage. Cela met mon collègue hors de lui. Je perçois la colère monter et craint qu’à son tour il ne cède à la violence et finisse par faire vraiment mal au garçon. Comme dirait l’autre, on se doit de rester professionnel et ne pas être en miroir avec le jeune (c’est quelque chose dans ce goût-là). “Humain, trop humain” comme disait un deuxième autre. N’empêche : je veux éviter que D…écope d’une sanction de sa hiérarchie pour faute professionnelle. Par conséquent, je lui fais signe de lâcher le jeune. Je le contiens à mon tour pour permettre à mon collègue de téléphoner aux services de police. Je choisi de laisser B… se relever mais je le suis à la trace car je sais qu’il va continuer.

Ici une petite pause pour vous donner une idée de son niveau de violence et de dangerosité :   il a, lors d’un autre épisode de ce type, tout simplement utilisé du matériel de musculation (haltères courtes et longue barre chromée, le tout en métal) comme projectile en direction du veilleur de nuit…

  …Donc, comme je disais il y a plutôt interêt à le suivre, et c’est ce que je fais : je suis …et je colle. Je parviens à lui enlever à deux reprises un couteau avec lequel il n’avait pas l’intention de se beurrer une tartine. C’est ce que je dirai au policier qui enregistrant ma déposition me demandera: “a t-il menacé votre collègue avec le couteau”. Pour ce désarmement les trésors de la Forme ont fait leur office. Curieusement, je les ai identifiés en même temps que je.. qu’ils se faisaient. Ils n’ont pas été pensés a priori de l’action.

Bon, me direz-vous, cet incident  n’est pas un scoop dans mon métier. Certes. Néanmoins là où scoop il y a, c’est que nous ne sommes pas face à une  stratégie bruyante et théâtrale d’intimidation en mode “jeune coq”, comme cela se produit fréquemment. Ici l’intention de détruire physiquement est évidente. Evidente aussi la pertinence du TUI SHOU : 

J’ai en effet collé et suivi. Aucune de mes (non) actions n’a été auto-produite. Ce sont bien les mouvements du jeune qui les ont déterminées et par conséquent… transformées (*).Je n’ai pas fourni d’efforts musculaires, n’ai senti aucun phénomène d’essoufflement ou de fatigue. 

  (* j’adore les points de suspension) 

Autre chose perçue pendant cet épisode : ce positionnement ( posture) détendu, en “résonance”, ce positionnement non-agressif vous rend très perceptif. Les gestes du garçons me sont apparus quasiment prévisibles. Il me semble d’autre part qu’il n’a pu, en dépit de son désordre, ne pas percevoir que face à lui il n’y avait nulle intention menaçante. Or, interaction  oblige, même si mon attitude ne l’a pas stoppé net, elle a au mois empêché une issue dramatique. Il a pu aussi entendre qu’on pouvait ramener la paix sans détruire celui qui déclenche la violence. Au sein  de sa propre famille, il a maintes fois fait la dure expérience inverse.

 Il a fini par regagner sa chambre et s’y isoler; Cela n’a pas empêché le passage de la police, son interpellation et placement en garde-à-vue. Il faut que la loi soit dite, même si c’est toujours un spectacle amer que celui d’un garçon de 16 ans menotté.

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